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Quilles de huit
Vidéo 66ème championnat de France par équipe.
Le texte qui suit est édité part le comité national.
| | | | | | | | | | | | | Avertissement | | | | | Le texte qui suit a été proposé, dans le cadre du programme européen "Culture 2000", comme contribution de la FFBSQ et du CTS National des quilles de huit. Sa présentation et son déroulement suivent les directives données à l’ensemble des partenaires de cette opération. Il s’articule autour de 6 mots clefs, mentionnés en italique. Le programme "Culture 2000" s’est achevé, en septembre 2006, par un congrès international à Santander (Cantabrie) et par une publication "EUROPA", ouvrage qui rassemble toutes les contributions. Le congrès de Santander a permis de regrouper, en démonstration, près de 50 jeux de quilles différents. Auteur : Regourd Jacques Fédération française de Bowling et de Sport de Quilles- CTS National des Quilles de huit comite.quillesde8@wanadoo.fr Région, Pays : Midi Pyrénées, France | | | | | | | | | | Résumé | | | | | | Rien ne prédisposait l’Aveyron, département rural et semi-montagnard du Sud de la France, encore enclavé aujourd’hui, à devenir un "temple du jeu de quilles", plutôt que ses voisins, dans lesquels elles restent à l’état de survivances. La codification du jeu par les "amicalistes" parisiens, semble bien avoir été à l’origine d’une évolution à caractère sportif, non exclusive jusqu’au milieu du 20 ° siècle. La sportivisation découlera en fait de la prise en main des structures sportives par des intellectuels (juge, psychiatre ou instituteurs) qui vont faire la part belle à l’écrit, aux dépens de l’oralité dans l’organisation de la pratique. "Verba volant, scripta manent", la fantaisie et le jeu réservé aux hommes laissent la place au sport normé et codifié, plus rigide, mais enfin ouvert à tous et notamment à la féminisation ; Le sport-quilles de huit connaît alors un développement exceptionnel (320 licenciés au début des années 50, plus de 4 000 aujourd’hui) qui va conduire, pour concilier sport et convivialité, à une forme de gigantisme des terrains de jeux. qui va permettre de sauvegarder l’esprit d’appartenance à un groupe social, à travers la ruralité, le village et le terroir. Les quilles de huit réunissent toutes les générations autour d’un loisir pour le plus grand nombre ou d’un sport pour l’élite qui reste totalement amateur, les seules récompenses étant des coupes, des médailles et le plaisir de défendre un maillot. Leur introduction à l’école, initiée dans les années 70, reste une condition indispensable à leur transmission. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | La situation des jeux et sports traditionnels en Aveyron : les quilles de huit | | | | | | | | L’usage quasi exclusif de la langue vernaculaire de l’Aveyron, l’occitan, et la pratique naturelle des jeux traditionnels dans les cours d’école ou sur les places de village se sont maintenus jusqu’à la fin de l’entre deux guerres. La deuxième moitié du XX° siècle va voir insensiblement d’abord, puis inéluctablement et de plus en plus vite, "le progrès" leur substituer l’usage du français et des sports "modernes". Dans cette débâcle généralisée, quelques points de fixation apparaissent, parmi lesquels les sociétés académiques occitanes pour la langue, et les structures sportivesdes quilles pour les jeux traditionnels. Dans les deux cas, une réelle altération du contenu originel en est résultée puisque l’occitan académique parait superficiel aux derniers locuteurs, et le sport de quilles normé est désormais assez éloigné du jeu de quilles improvisé des dimanches et fêtes. Le présent propos ne traitera que des quilles de huitparce que seules les quilles sont aujourd’hui notables, ensuite parce qu’une étude exhaustive des jeux traditionnels de l’Aveyron, pour la plupart disparus ou moribonds, demanderait des recherches plus approfondies. Toutes les communes aveyronnaises (304) ont été contactées dans le cadre de l’inventaire engagé. On notera que le retour des questionnaires a été très limité (19 soit 6,17%) et que toutes ont fait référence aux quilles de huit. L’Aveyron comptait au dernier recensement général (1999) 263 800 habitants, répartis sur 8735 km², soit une densité de 30 habitants au km². Les dernières estimations de l’INSEE font état d’un redémarrage démographique (272 200 habitants en 2004) mais la population est relativement âgée ( 57 % de plus de 40 ans). C’est un département encore très rural, de moyenne montagne (point culminant 1451 m) dont le climat connaît des influences continentales, océaniques et méditerranéennes. Il correspond intégralement à l’aire d’occupation de la tribu gauloise des ruthènes, puis au Rouergue de l’ancien régime, mais son peuplement est bien antérieur aux gaulois puisqu’il est le département de France le plus fourni en dolmens (plus de 1 000). Jusqu’à une époque récente, il a été marqué par une forte endogamie, à l’origine d’un réel enracinement, même pour les couples émigrés. Comme dans toute la France rurale, la pratique du jeu de quilles en Aveyron trouve ses origines probablement au haut moyen âge. Sa présence est attestée, plus tard, par une ordonnance de police qui à Rodez, en 1609, interdit tous les jeux publics "tant que le divin service se célèbre es églises de la présente ville les jours de dimanche et festes, permettant les autres jours les jeux de quilles et de paume comme licites sans escandales toutefois". Vers 1900, on joue beaucoup aux quilles dans le moindre village. Le matériel utilisé, les unités de mesure comme les règles d’ailleurs, varient légèrement d’une région à une autre. En Aveyron, comme dans la plupart des départements limitrophes, le jeu à 9 quilles, à même la terre battue, était le plus pratiqué (la région de Villefranche de Rouergue pratiquait surtout le jeu dit de "rampeau" à 6 quilles plantées en triangle, généralement sur une piste en bois). Les jeux à 9 quilles consistaient à abattre, à l’aide d’une boule, des quilles dressées en carré de 3 rangées de trois. Le jeu "à mettre" était parmi les plus répandus, c'est-à-dire que le meneur de jeu imposait des figures à réaliser, des quilles à abattre, des façons de lancer la boule, des distances de jeu etc. | | | | | | Dans la région d’Espalion, l’une de ces figures consistait "à prendre quille" en ne laissant que 8 quilles debout et en utilisant la neuvième comme projectile, propulsé par la boule. Les Aveyronnais émigrés à Paris vont jouer un rôle déterminant pour l’unification et la codification des jeux de quilles ; la coexistence de différentes façons de jouer, richesse au plan local, s’avéra un handicap pour la pratique du jeu de quilles dans la capitale, lors des rassemblements annuels organisés par les puissantes amicales regroupant les personnes originaires d’un même village. | | | | |  | | | | | | | En 1911, puis en 1912, leur rassemblement eut lieu à Viroflay, près de Versailles. Les Aveyronnais réunis au sein de la "Solidarité Aveyronnaise", se résolurent à codifier le jeu pour permettre des rencontres entre originaires de villages différents ; la plupart d’entre eux étant originaires du Nord Aveyron, il est compréhensible que ce soit la "mode espalionnaise" qui ait prévalu sur toutes les autres. Au pays, on appellera ce jeu "à la parisienne" ou encore "le concours", par opposition aux autres façons de jouer qui se maintiendront jusqu’au milieu des années 50. Les quilles de huit étaient nées, bien que l’usage exclusif du terme de "quilles de 9 aveyronnaises" se soit maintenu jusqu’à la création de la Fédération française des sports de quilles en janvier 1957. La pratique ludique reste dominante et prévaut largement sur le "sport", qui s’exprime dans le cadre d’un championnat de l’Aveyron appelé "fanion", qui réunit les plus acharnés des pratiquants sur 3 journées seulement. Il n’en demeure pas moins que l’on ne donne pas cher de l’avenir des quilles à la fin des années 50. C’est ainsi que Jacques Bousquet, directeur des archives départementales, écrit, dans la revue du Rouergue en 1957 : "il faudrait se hâter d’en noter les règles…pour satisfaire la curiosité des historiens à venir". Contrairement à toute attente, la "sportivisation" d’une part, le retour des quilles dans les écoles d’autre part, à partir de 1972, la féminisation enfin à partir de 1980 vont inverser le processus à tel point qu’aujourd’hui le sport de quilles de huit occupe la 3° place des disciplines sportives pratiquées dans le département, après le football et la pétanque. Aujourd’hui elles comptent plus de 4 000 licenciés (et guère plus de pratiquants) situés à 95 % en Aveyron. Cette année, en 2006, un nouveau record vient d’être battu puisque 457 quadrettes seniors et 270 doublettes de jeunes ou de féminines se sont engagées en championnat de l’Aveyron, sans compter les 400 enfants de mois de 12 ans engagés dans les écoles de quilles. L’âge moyen de l’ensemble des licenciés (plus de 4000 en 2005 dont plus de 500 féminines) ressort à 34 ans, celui des féminines étant encore beaucoup plus jeune. | | | Haut de page | | | | | | | | Dimension socioculturelle des quilles de huit | | | | | | La pratique des quilles de huit immergée dans son propre milieu culturel dominant (ancienneté, permanence et importance sociale de la pratique), ne concerne qu’une partie de l’Aveyron comme le nombre de clubs peut le laisser supposer : le département compte 304 communes et ne compte que 74 clubs, situés en quasi-totalité sur le Ségala, le Lévezou, la Viadène, l’Aubrac, la Vallée du Lot et de l’Aveyron. Des zones entières les ignorent, telles que le Villefranchois, le Saint Affricain et toute la rive gauche du Tarn, le Carladès au nord, sur la rive droite de la Truyère. | | | | | | |  | | La cellule de base est le club (jusques dans les années 1980, le terme de "société de quilles" sera régulièrement usité) correspondant soit à une commune, soit à une partie de commune,soit à une paroisse lorsqu’il se situe en Aveyron. Le club est beaucoup plus neutre géographiquement lorsqu’il est extérieur au département et se rattache parfois à l’amicalisme aveyronnais, évoqué supra. Le nombre de leurs licenciés est parfois impressionnant en regard de la population communale : Huparlac 234 habitants, 90 licenciés, Colombiès 984 habitants, 182 licenciés, Trémouilles 504 habitants, 117 licenciés, etc. Le jeu de quilles est resté, en Aveyron, pendant de longues décennies, l’apanage des jeunes hommes et des hommes adultes. Les femmes en étaient exclues. Le poids des traditions, religieuses et sociales, telles que l’interdiction du travail le dimanche, les modes de vie favorisant les rassemblements réguliers d’hommes (offices religieux, foires, fêtes votives), le nombre important d’auberges et l’environnement (places ombragées en terre battue, abondance du bois) favorisaient la pratique des quilles en tant que loisir collectif, que l’on soit joueur ou simple spectateur, s’exprimant à l’unisson de la société villageoise. A l’inverse, la dépopulation et le vieillissement des campagnes, la disparition des espaces en terre battue au profit du goudron, la baisse de fréquentation des offices, la quasi-disparition des fêtes votives et des auberges de village, l’urbanisation, l’accession des femmes à un nouveau statut social ont induit une nouvelle donne. C’est ainsi que d’abord le lieu de pratique a abandonné le centre des villages pour se déplacer souvent à l’extérieur, sur des zones spécifiquement aménagées, dont le gigantisme peut surprendre le non initié. En effet, la pratique ludique a presque disparu, au profit de rencontres sportives mettant aux prises un nombre incalculable d’équipes de villages, regroupées à tour de rôle dans l’un d’entre-eux. Le défi dominical, proche des estaminets, réservé aux hommes et porteur d’un machisme bien réel (n’appelait- t’on pas la quille maîtresse du jeu la "buffe", terme désignant aussi en occitan le sexe de la femme, aujourd’hui utilisé principalement pour désigner un zéro, et, signe des temps, aussi bien par les femmes que par les hommes, compte tenu de la déperdition de l’occitan véhiculaire) a laissé la place à une machine bien rodée mise en place par une succession de dirigeants animés par un souci d’égalitarisme (mise en place de règlements précis et même parfois byzantins, création de catégories etc.), à l’origine de la "sportivisation". De ce fait, ensuite, les jeunes (autres que juniors), ont progressivement gagné le droit de participer (en 1975 pour les cadets, en 1978 pour les minimes) puis les femmes (seniors en 1978, adolescentes en 1989), enfin le souci de transmission a conduit, après la réintroduction des quilles en milieu scolaire en 1972, à la création d’écoles de quilles de clubs en 1986. Aujourd’hui, plus de 45 écoles de quilles regroupant environ 400 enfants, filles et garçons, de 8 à 12 ans fonctionnent, encadrées par des animateurs diplômés, reconnus par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, formés par une équipe technique et un conseiller technique fédéral, salarié de la discipline. Les féminines ont investi quelque peu les sphères dirigeantes, notamment dans les clubs, mais leur place reste encore modeste dans les comités. La pratique familiale est courante et il n’est pas rare de relever la présence active sur les terrains de plusieurs générations de la même famille, du grand-père au petit-fils, en passant par le père ou même dorénavant la mère. La pyramide des âges des pratiquants s’étend de 8 ans à plus de 90 ans, gage d’une continuité et d’une transmission assurées. Le gigantisme des rendez-vous sportifs (une manche regroupe environ 80 équipes seniors et 40 équipes jeunes et féminines, en un même lieu, le même jour, de 8 heures à 18 heures) baigne paradoxalement dans l’esprit de village. Aucun club ne dépasse 200 licenciés et les villes (Rodez, Millau, Espalion) ne comptent pas plus de licenciés que les petits villages de 500 âmes. Les hauts lieux des quilles ont certes pour nom Espalion ou Rodez, mais aussi Campuac, Magrin, Arvieu, Huparlac, Luc, Gages ou Colombiès, entre autres tout aussi représentatifs. Le fait de résider en ville est neutre et ne constitue pas un obstacle pour le joueur de quilles de huit, pour qui seul compte le village d’origine, dont il veut défendre les couleurs et le maillot. | | | | | | |  | | Même si certains s’adonnent à leur loisir favori tout au long de l’année grâce à des installations couvertes, la plupart des pratiquants calquent leur calendrier sportif sur la période traditionnellement dévolue au championnat civil de plein air (il existe des concours amicaux ou corporatifs sous des superstructures couvertes), soit de mars à août, lorsque les jours sont les plus longs. Le matériel utilisé, boules et quilles, provient de fabrications diverses, à commencer par l’auto approvisionnement. Certains pratiquants, dotés de tours, fabriquent leurs propres quilles et mettent à profit la mauvaise saison pour tourner des "billous" (quilles dites "joueuses"). Ils sont très peu nombreux, en revanche, à réaliser des boules, dont les difficultés principales résident dans la confection de la poignée et la résistance aux chocs. La cherté de ce matériel, est en train de devenir un obstacle à l’expansion du jeu, dans la mesure où tous les clubs ne le prennent pas en charge. Une boule d’adulte, en bois de noyer massif est commercialisée aux alentours de 350 euros et le temps est révolu où tous les concurrents se contentaient de jouer avec le matériel que l’organisateur mettait à leur disposition. La partie de quilles de huit se déroulant en outre de 1 à 20 mètres des quilles plantées, l’usage d’une seule boule est devenu rarissime. Enfin contrairement à ce qui peut être observé ailleurs, l’environnement des quilles de huit ne comporte aucune dimension financière : les spectateurs peuvent accéder gratuitement à tous les lieux de compétitions, qu’elles soient amicales ou officielles, et les champions, en parfaits amateurs ne reçoivent rien d’autre que des coupes ou des médailles en récompense de leurs performances. Les quelques défis organisés dans les dernières fêtes de village ne rapportent à leurs vainqueurs qu’un chevreau ou un agneau, moyennant une participation modique (1 ou 2 euros). Les dirigeants des quilles de huit s’efforcent depuis plusieurs mandats maintenant de les sortir du ghetto dans lequel elles ont été confinées essentiellement par les institutionnels (Etat, collectivités territoriales). Si l’on peut comprendre que leur implantation confidentielle hors de l’Aveyron puisse justifier un engagement institutionnel relatif, il n’en va pas de même en Aveyron où l’importance qu’elles revêtent devrait s’accompagner d’une reconnaissance équivalente. Gérard Ballin, auteur d’une thèse soutenue le 25 mars 1996 à l’Université de Bordeaux écrivait : "l’intention première était de savoir si les bailleurs de fonds institutionnels faisaient une place de choix au sport-quilles. Nous sommes en mesure de répondre qu’il n’en est rien". Dix ans plus tard, il faut bien convenir que le degré de prise en compte reste timide, notamment de la part de l’institution départementale. | | | | | | |  | Les communes quant à elles, se sont constituées en une "Association Intercommunale pour la promotion sportive et culturelle des quilles de huit", qui compte une cinquantaine de membres, toutes rurales et qui se positionne essentiellement sur le domaine culturel et sur celui de la transmission aux jeunes générations. En revanche, la presse locale, notamment le quotidien "Centre Presse" accorde une place importante aux quilles de huit, qui se traduit par un certain nombre de pages "magazine" hebdomadaires et par la publication des résultats (Centre Presse). Le journal "Midi Libre" réalise également une page magazine hebdomadaire pendant la saison. Les autres médias (radios, télévision) n’accordent qu’épisodiquement leur attention aux quilles. | | | | | | Haut de page | | | | | | | L’organisation sportive des quilles de huit | | 1) une fédération unisport, multidisciplinaire Les quilles de huit font partie de la Fédération française de bowling et de sport de Quilles qui regroupe 8 disciplines : le bowling (13500 licenciés) pratiqué sur l’ensemble du territoire, les quilles de huit (4200 licenciés, en Aveyron et dans 6 autres départements ), les quilles Saint Gall (2000 licenciés Haut Rhin), le bowling Classic (1000 licenciés Alsace, Bourgogne), les quilles au maillet (1000 licenciés Gers, Landes, Haute Garonne) les quilles de neuf (600 licenciés Béarn et Bigorre), les quilles de six (400 licenciés Aquitaine) le bowling schere (400 licenciés Lorraine) soit au total près de 23 000 licenciés. Chaque discipline bénéficie d’une large autonomie, financière, technique et sportive et même politique puisque chacune peut prendre des engagements avec des partenaires, notamment les collectivités territoriales. 2) Les quilles de huit : organisation et fonctionnement Comme chacune des 8 disciplines fédérales, les quilles de huit sont organisées avec un comité technique et sportif national, plusieurs comités techniques et sportifs régionaux, plusieurs comités techniques et sportifs départementaux. Elles ne sont présentes que dans trois régions et 7 départements : Ile de France (Paris), Languedoc Roussillon (Hérault, Lozère) et Midi Pyrénées (Aveyron, Haute Garonne, Tarn, Tarn et Garonne). Chaque comité départemental organise ses propres compétitions départementales, suivant les règlements sportifs nationaux (normes de matériel, de parties, règlement sportif) et départementaux (calendrier, répartition géographique en zones de pratique, nombre de parties qualificatives etc.). 3) Quatre types de compétitions inscrites au calendrier officiel peuvent se rencontrer : Les concours amicaux : ils sont le privilège des clubs qui ont la possibilité de moduler les règlements : concours avec ou sans handicaps, possibilité de jouer en équipes mixtes, fixation des jours et horaires de jeu, octroi de récompenses par équipes qui peuvent être des dotations modestes en argent (30 € pour une quadrette), voire des produits du terroir : le club de Grandvabre-Marcillac offre une bouteille de vin de Marcillac à tout joueur qui abat le jeu entier ! Il y a encore 20 ans, les amicaux étaient très prisés et fréquentés, tout en se déroulant le samedi et le dimanche. Parallèlement au concours en quadrettes (seniors) ou en doublettes (jeunes, féminines), ils comportaient une compétition finale individuelle, basée sur une qualification à partir d’une performance minimale à atteindre selon chaque catégorie (senior, jeune, etc.). La récompense individuelle était exclusivement soit une coupe, soit un trophée, jamais une récompense en argent. Aujourd’hui les concours amicaux connaissent une réelle désaffection, à l’exception de ceux qui se sont adjoint des compléments conviviaux : concours organisés en semaine, semi-nocturnes (de 19 h à 24 h) et accompagnés de repas. Les championnats départementaux ou locaux : ils ont progressivement supplanté les concours amicaux et constituent la pierre angulaire de la pratique actuelle des quilles de huit. Les compétitions par équipes se déroulent sur 8 dimanches de mars à juin (Comité de Paris), d’avril à juillet (Comité de l’Aveyron) et débouchent sur des championnats individuels auxquels les meilleurs de chaque catégorie sont qualifiés, puis sur les championnats de France (Equipes et Individuels) Le nombre d’équipes engagées a progressivement conduit à un éclatement des lieux de rencontre. Les anciens regrettent le temps où tous les joueurs se rencontraient en un lieu unique et qui a conduit à demander la réalisation de terrains de quilles de 20 jeux pouvant accueillir 80 équipes. Les effectifs ayant finalement explosé, les joueurs d’un même club ont été finalement amenés à se rendre sur des terrains différents, en fonction de leur niveau, ce qui a probablement nui à la convivialité dans les clubs eux-mêmes. Aujourd’hui, 8 terrains fonctionnent simultanément pour permettre à toutes les équipes engagées de jouer. Seul le championnat aveyronnais fonctionne en pyramide avec trois divisions départementales "d’élite", 2 divisions départementales dites de "ligue" enfin 3 divisions locales, Les jeunes et féminines fonctionnent en divisions uniques de même appellation (dans l’ordre excellence, honneur, promotion, essor, espoir et séries) Le championnat de Paris fonctionne en deux groupes, le premier correspondant à l’"élite" aveyronnaise, le second regroupant les niveaux "ligue" et "séries". On notera, et c’est l’une des dimensions capitales de l’organisation des compétitions que tous les championnats ne sont pas assis sur des affrontements d’équipes, mais sur la comparaison de performances (nombre de quilles abattues) réalisées sur 3 parties consécutives (ou 2 pour les jeunes et féminines) Les compétitions sont aussi adaptées aux différents pratiquants (composition des équipes, distances de jeux, exigences sportives, calendrier plus souple pour les jeunes, les féminines et les enfants des écoles de quilles). | | | | | | |  | | Les championnats interdépartementaux et la coupe interrégionale du Midi L’expérience ayant montré que les clubs isolés ne survivaient pas à l’absence de confrontation à dimension sportive, les dirigeants nationaux ont cherché des solutions pour rompre leur isolement et assurer leur pérennité. En effet, des aveyronnais expatriés ont bien essayé de recréer et de retrouver, loin du "pays" l’ambiance ludique des quilles en créant des clubs : c’est ainsi que l’on a pu assister, dans les années 70 et 80, successivement, à la naissance d’un club à Gardanne, dans les Bouches du Rhône, d’un autre à Chéronnac, dans la Haute Vienne, d’un autre à Cournon, près de Clermont Ferrand ; tous trois, trop éloignés de leur terroir originel et limités à une pratique ludique, ont disparu après avoir brûlé l’énergie de leurs initiateurs. En revanche, la proximité de l’Aveyron et la possibilité qui leur était offerte de s’intégrer au championnat aveyronnais a permis le maintien des clubs de Lozère, avec difficulté, et surtout le développement timide des clubs du Tarn ; voire de la Haute Garonne. Par ailleurs, deux compétitions différentes ont permis leur enracinement durable hors du terreau rouergat : le championnat Ségala Garonne, et dans une moindre mesure, la Coupe du Midi. Le championnat Ségala Garonne consiste en une compétition avec handicap qui permet de niveler les chances de chaque équipe engagée (10 équipes dont 6 hors Aveyron et 4 aveyronnaises). Contrairement au règlement sportif national, la mixité, inimaginable il y a encore quelques années est autorisée. Là encore il n’existe pas d’affrontement direct entre équipes. La Coupe du Midi, tout comme la Coupe de France qui lui succède, est à l’inverse une compétition d’affrontement, basée sur une seule partie, qui préserve les chances des équipes de moindre valeur théorique, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres sports. Cette forme de rencontre présente plusieurs avantages, de notre point de vue : - elle amène des joueurs qui ne seraient jamais appelés à se rencontrer - Les contraintes réglementaires pèsent beaucoup moins car les deux équipes peuvent s’accorder sur le temps d’échauffement, sur la durée de la partie, sur l’arbitrage, sur le terrain lui-même, et recréer des conditions de jeu plus proches des conditions "d’ancien temps" - elle constitue un vecteur de promotion important: l’affrontement avec affichage des scores est parfaitement intelligible d’un néophyte à l’inverse des rencontres gigantesques des championnats et la souplesse de l’organisation est grandement facilitée par les installations requises (un seul jeu suffit). A noter qu’une compétition féminine a été créée en 2006. Les championnats de France : ils sont en revanche la forme la plus aboutie de la dimension sportive des quilles de huit, réunissant plus de 200 joueurs à chaque occasion et de nombreux "aficionados". Un public averti et nombreux, provenant de toutes les régions de pratique en assure régulièrement le succès populaire. Ces compétitions ont chacune leurs caractéristiques propres : - depuis 1946, le championnat de France par équipes se dispute à Rodez, comme, toutes proportions gardées, le Tour de France se termine sur les Champs Elysées ou la Coupe de France de football au Stade de France. - Le championnat de France individuel s’installe chaque année dans un village différent Cette formule permet la mobilisation de tout le tissu économique local autour de l’événement, qui prend, faut-il le regretter ou s’en réjouir, une dimension de plus en plus grande à la fois d’un point de vue médiatique mais aussi financier (50 000 € pour le dernier en date, hors aménagements et hors participations en nature). Tous les 7 ans, il se déroule en Ile de France, accueilli par le Comité de Paris. Exceptionnellement, cet ordonnancement est interrompu par une organisation dans un autre département (Saint Alban en Lozère, Bressols en Tarn et Garonne, Toulouse ont ainsi accueilli ce championnat et Montpellier pourrait prochainement le recevoir). | | | | | | | Haut de page | | | | | | | Tradition et modernité : défis pour le futur | | | | Si la transmission et le développement des quilles de huit restent au cœur des préoccupations des principaux acteurs du système, plusieurs défis majeurs les attendent, eux et leurs successeurs. Le premier se pose en termes d’équilibre entre la tradition et la modernité, en partant du principe que ni l’une ni l’autre ne peuvent se parer uniquement de vertus. Il est probable que la sauvegarde indispensable des équilibres s’articulera autour d’une réactivation de l’approche ludique (retour à l’installation de jeux dans les villages notamment) pour maintenir un contact entre la société civile, le monde rural et la société sportive. et pour assurer l’existence d’un vivier susceptible d’alimenter le renouvellement des pratiquants. La convivialité perdurera également à cette condition mais aussi paradoxalement si les rencontres gardent leur caractère démesuré sur un plan sportif, mais adapté, au plan humain, à des échanges réguliers inter villageois sur une zone géographique suffisante. Il faudra, peut être, admettre qu’en demandant la réalisation de quillodromes de 20 jeux couverts, perpétuant le gigantisme ambiant, mais injustifiables économiquement et difficilement gérables, les dirigeants que nous sommes ont fait fausse route, d’autant qu’il faut bien convenir en outre que traditionnellement, les quilles sont un sport de plein air, pratiqué essentiellement aux beaux jours. Le deuxième se pose en termes de reconnaissance : l’avenir des quilles de huit est conditionné par la nécessité de la prise de conscience, de la part des pouvoirs publics territoriaux, que les quilles de huit sont une richesse culturelle, expression d’une identité forte, soudant les aveyronnais du pays et ceux de la diaspora. Cette reconnaissance exige un traitement particulier, en dehors de l’égalitarisme sportif encore opposé aujourd’hui, notamment par le Conseil Général et déterminera, en partie, l’image de ce sport, auprès des jeunes d’une part et du grand public de l’autre. | | | | | | |  | | Le troisième reste celui de convaincre durablement les jeunes de l’intérêt de pratiquer un jeu traditionnel. Pour cela il conviendrait de faire en sorte que les quilles fassent "naturellement" partie intégrante de la vie quotidienne, à commencer par l’école, ce qui suppose de gagner à leur cause les enseignants du primaire, du secondaire et même du supérieur. Il s’agit là d’une gageure particulièrement ardue. Les quilles de huit n’ont en revanche, pas de souci d’adaptation ou de contemporanéité: elles utilisent déjà les nombreux outils modernes de communication, que ce soit en interne pour les formations d’animateurs, d’arbitres, ou en externe envers leurs différents partenaires. La nécessité d’évolutions importantes dans le domaine technique, par exemple pour permettre aux non-initiés et au public une meilleure compréhension du jeu est certes ressentie par les différents protagonistes mais ne constitue pas un élément omniprésent de la réflexion, peut être à tort, des instances dirigeantes, dans la mesure où les quilles de huit sont en perpétuelle évolution. | | | Haut de page | | | | | | | Bibliographie | | Ballin, G. (1996). Des jeux traditionnels au sport quilles et les mutations de la société Aveyronnaise. Université de Bordeaux II : Thèse de doctorat. Bousquet, J. (1957). Les jeux dans l’Ancien Rouergue (p 265-274) Revue du Rouergue (n° 43) Rodez . Cosson, J.M. et Astruc, P. (2001). Le tour de l’Aveyron par deux enfants Les jeux traditionnels Rodez : Mission départementale de la culture. Kessler, L. (1983). La quille vivante. Paris : Editions Joël Cuenot. Laurens, D. (1990). Les Quilles de huit : chronique d’une passion. Rodez : Editions du Rouergue. Mazars, R. (1970). L’histoire des quilles (p 19 à 39) Fédération française de sports de quilles, section quilles de 8 Rodez : Imprimerie Subervie. Trémaud, H. (1964) Les Français jouent aux quilles. Paris : Editions Maisonneuve et Larose. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | | | | | | | 8 rue des Coquelicots 12850 Onet-le-Château Tel : 05 65 67 24 70 - Fax : 05 65 78 16 77 | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Avertissement | | | | | Le texte qui suit a été proposé, dans le cadre du programme européen "Culture 2000", comme contribution de la FFBSQ et du CTS National des quilles de huit. Sa présentation et son déroulement suivent les directives données à l’ensemble des partenaires de cette opération. Il s’articule autour de 6 mots clefs, mentionnés en italique. Le programme "Culture 2000" s’est achevé, en septembre 2006, par un congrès international à Santander (Cantabrie) et par une publication "EUROPA", ouvrage qui rassemble toutes les contributions. Le congrès de Santander a permis de regrouper, en démonstration, près de 50 jeux de quilles différents. Auteur : Regourd Jacques Fédération française de Bowling et de Sport de Quilles- CTS National des Quilles de huit comite.quillesde8@wanadoo.fr Région, Pays : Midi Pyrénées, France | | | | | | | | | | Résumé | | | | | | Rien ne prédisposait l’Aveyron, département rural et semi-montagnard du Sud de la France, encore enclavé aujourd’hui, à devenir un "temple du jeu de quilles", plutôt que ses voisins, dans lesquels elles restent à l’état de survivances. La codification du jeu par les "amicalistes" parisiens, semble bien avoir été à l’origine d’une évolution à caractère sportif, non exclusive jusqu’au milieu du 20 ° siècle. La sportivisation découlera en fait de la prise en main des structures sportives par des intellectuels (juge, psychiatre ou instituteurs) qui vont faire la part belle à l’écrit, aux dépens de l’oralité dans l’organisation de la pratique. "Verba volant, scripta manent", la fantaisie et le jeu réservé aux hommes laissent la place au sport normé et codifié, plus rigide, mais enfin ouvert à tous et notamment à la féminisation ; Le sport-quilles de huit connaît alors un développement exceptionnel (320 licenciés au début des années 50, plus de 4 000 aujourd’hui) qui va conduire, pour concilier sport et convivialité, à une forme de gigantisme des terrains de jeux. qui va permettre de sauvegarder l’esprit d’appartenance à un groupe social, à travers la ruralité, le village et le terroir. Les quilles de huit réunissent toutes les générations autour d’un loisir pour le plus grand nombre ou d’un sport pour l’élite qui reste totalement amateur, les seules récompenses étant des coupes, des médailles et le plaisir de défendre un maillot. Leur introduction à l’école, initiée dans les années 70, reste une condition indispensable à leur transmission. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | La situation des jeux et sports traditionnels en Aveyron : les quilles de huit | | | | | | | | L’usage quasi exclusif de la langue vernaculaire de l’Aveyron, l’occitan, et la pratique naturelle des jeux traditionnels dans les cours d’école ou sur les places de village se sont maintenus jusqu’à la fin de l’entre deux guerres. La deuxième moitié du XX° siècle va voir insensiblement d’abord, puis inéluctablement et de plus en plus vite, "le progrès" leur substituer l’usage du français et des sports "modernes". Dans cette débâcle généralisée, quelques points de fixation apparaissent, parmi lesquels les sociétés académiques occitanes pour la langue, et les structures sportivesdes quilles pour les jeux traditionnels. Dans les deux cas, une réelle altération du contenu originel en est résultée puisque l’occitan académique parait superficiel aux derniers locuteurs, et le sport de quilles normé est désormais assez éloigné du jeu de quilles improvisé des dimanches et fêtes. Le présent propos ne traitera que des quilles de huitparce que seules les quilles sont aujourd’hui notables, ensuite parce qu’une étude exhaustive des jeux traditionnels de l’Aveyron, pour la plupart disparus ou moribonds, demanderait des recherches plus approfondies. Toutes les communes aveyronnaises (304) ont été contactées dans le cadre de l’inventaire engagé. On notera que le retour des questionnaires a été très limité (19 soit 6,17%) et que toutes ont fait référence aux quilles de huit. L’Aveyron comptait au dernier recensement général (1999) 263 800 habitants, répartis sur 8735 km², soit une densité de 30 habitants au km². Les dernières estimations de l’INSEE font état d’un redémarrage démographique (272 200 habitants en 2004) mais la population est relativement âgée ( 57 % de plus de 40 ans). C’est un département encore très rural, de moyenne montagne (point culminant 1451 m) dont le climat connaît des influences continentales, océaniques et méditerranéennes. Il correspond intégralement à l’aire d’occupation de la tribu gauloise des ruthènes, puis au Rouergue de l’ancien régime, mais son peuplement est bien antérieur aux gaulois puisqu’il est le département de France le plus fourni en dolmens (plus de 1 000). Jusqu’à une époque récente, il a été marqué par une forte endogamie, à l’origine d’un réel enracinement, même pour les couples émigrés. Comme dans toute la France rurale, la pratique du jeu de quilles en Aveyron trouve ses origines probablement au haut moyen âge. Sa présence est attestée, plus tard, par une ordonnance de police qui à Rodez, en 1609, interdit tous les jeux publics "tant que le divin service se célèbre es églises de la présente ville les jours de dimanche et festes, permettant les autres jours les jeux de quilles et de paume comme licites sans escandales toutefois". Vers 1900, on joue beaucoup aux quilles dans le moindre village. Le matériel utilisé, les unités de mesure comme les règles d’ailleurs, varient légèrement d’une région à une autre. En Aveyron, comme dans la plupart des départements limitrophes, le jeu à 9 quilles, à même la terre battue, était le plus pratiqué (la région de Villefranche de Rouergue pratiquait surtout le jeu dit de "rampeau" à 6 quilles plantées en triangle, généralement sur une piste en bois). Les jeux à 9 quilles consistaient à abattre, à l’aide d’une boule, des quilles dressées en carré de 3 rangées de trois. Le jeu "à mettre" était parmi les plus répandus, c'est-à-dire que le meneur de jeu imposait des figures à réaliser, des quilles à abattre, des façons de lancer la boule, des distances de jeu etc. | | | | | | Dans la région d’Espalion, l’une de ces figures consistait "à prendre quille" en ne laissant que 8 quilles debout et en utilisant la neuvième comme projectile, propulsé par la boule. Les Aveyronnais émigrés à Paris vont jouer un rôle déterminant pour l’unification et la codification des jeux de quilles ; la coexistence de différentes façons de jouer, richesse au plan local, s’avéra un handicap pour la pratique du jeu de quilles dans la capitale, lors des rassemblements annuels organisés par les puissantes amicales regroupant les personnes originaires d’un même village. | | | | |  | | | | | | | En 1911, puis en 1912, leur rassemblement eut lieu à Viroflay, près de Versailles. Les Aveyronnais réunis au sein de la "Solidarité Aveyronnaise", se résolurent à codifier le jeu pour permettre des rencontres entre originaires de villages différents ; la plupart d’entre eux étant originaires du Nord Aveyron, il est compréhensible que ce soit la "mode espalionnaise" qui ait prévalu sur toutes les autres. Au pays, on appellera ce jeu "à la parisienne" ou encore "le concours", par opposition aux autres façons de jouer qui se maintiendront jusqu’au milieu des années 50. Les quilles de huit étaient nées, bien que l’usage exclusif du terme de "quilles de 9 aveyronnaises" se soit maintenu jusqu’à la création de la Fédération française des sports de quilles en janvier 1957. La pratique ludique reste dominante et prévaut largement sur le "sport", qui s’exprime dans le cadre d’un championnat de l’Aveyron appelé "fanion", qui réunit les plus acharnés des pratiquants sur 3 journées seulement. Il n’en demeure pas moins que l’on ne donne pas cher de l’avenir des quilles à la fin des années 50. C’est ainsi que Jacques Bousquet, directeur des archives départementales, écrit, dans la revue du Rouergue en 1957 : "il faudrait se hâter d’en noter les règles…pour satisfaire la curiosité des historiens à venir". Contrairement à toute attente, la "sportivisation" d’une part, le retour des quilles dans les écoles d’autre part, à partir de 1972, la féminisation enfin à partir de 1980 vont inverser le processus à tel point qu’aujourd’hui le sport de quilles de huit occupe la 3° place des disciplines sportives pratiquées dans le département, après le football et la pétanque. Aujourd’hui elles comptent plus de 4 000 licenciés (et guère plus de pratiquants) situés à 95 % en Aveyron. Cette année, en 2006, un nouveau record vient d’être battu puisque 457 quadrettes seniors et 270 doublettes de jeunes ou de féminines se sont engagées en championnat de l’Aveyron, sans compter les 400 enfants de mois de 12 ans engagés dans les écoles de quilles. L’âge moyen de l’ensemble des licenciés (plus de 4000 en 2005 dont plus de 500 féminines) ressort à 34 ans, celui des féminines étant encore beaucoup plus jeune. | | | Haut de page | | | | | | | | Dimension socioculturelle des quilles de huit | | | | | | La pratique des quilles de huit immergée dans son propre milieu culturel dominant (ancienneté, permanence et importance sociale de la pratique), ne concerne qu’une partie de l’Aveyron comme le nombre de clubs peut le laisser supposer : le département compte 304 communes et ne compte que 74 clubs, situés en quasi-totalité sur le Ségala, le Lévezou, la Viadène, l’Aubrac, la Vallée du Lot et de l’Aveyron. Des zones entières les ignorent, telles que le Villefranchois, le Saint Affricain et toute la rive gauche du Tarn, le Carladès au nord, sur la rive droite de la Truyère. | | | | | | |  | | La cellule de base est le club (jusques dans les années 1980, le terme de "société de quilles" sera régulièrement usité) correspondant soit à une commune, soit à une partie de commune,soit à une paroisse lorsqu’il se situe en Aveyron. Le club est beaucoup plus neutre géographiquement lorsqu’il est extérieur au département et se rattache parfois à l’amicalisme aveyronnais, évoqué supra. Le nombre de leurs licenciés est parfois impressionnant en regard de la population communale : Huparlac 234 habitants, 90 licenciés, Colombiès 984 habitants, 182 licenciés, Trémouilles 504 habitants, 117 licenciés, etc. Le jeu de quilles est resté, en Aveyron, pendant de longues décennies, l’apanage des jeunes hommes et des hommes adultes. Les femmes en étaient exclues. Le poids des traditions, religieuses et sociales, telles que l’interdiction du travail le dimanche, les modes de vie favorisant les rassemblements réguliers d’hommes (offices religieux, foires, fêtes votives), le nombre important d’auberges et l’environnement (places ombragées en terre battue, abondance du bois) favorisaient la pratique des quilles en tant que loisir collectif, que l’on soit joueur ou simple spectateur, s’exprimant à l’unisson de la société villageoise. A l’inverse, la dépopulation et le vieillissement des campagnes, la disparition des espaces en terre battue au profit du goudron, la baisse de fréquentation des offices, la quasi-disparition des fêtes votives et des auberges de village, l’urbanisation, l’accession des femmes à un nouveau statut social ont induit une nouvelle donne. C’est ainsi que d’abord le lieu de pratique a abandonné le centre des villages pour se déplacer souvent à l’extérieur, sur des zones spécifiquement aménagées, dont le gigantisme peut surprendre le non initié. En effet, la pratique ludique a presque disparu, au profit de rencontres sportives mettant aux prises un nombre incalculable d’équipes de villages, regroupées à tour de rôle dans l’un d’entre-eux. Le défi dominical, proche des estaminets, réservé aux hommes et porteur d’un machisme bien réel (n’appelait- t’on pas la quille maîtresse du jeu la "buffe", terme désignant aussi en occitan le sexe de la femme, aujourd’hui utilisé principalement pour désigner un zéro, et, signe des temps, aussi bien par les femmes que par les hommes, compte tenu de la déperdition de l’occitan véhiculaire) a laissé la place à une machine bien rodée mise en place par une succession de dirigeants animés par un souci d’égalitarisme (mise en place de règlements précis et même parfois byzantins, création de catégories etc.), à l’origine de la "sportivisation". De ce fait, ensuite, les jeunes (autres que juniors), ont progressivement gagné le droit de participer (en 1975 pour les cadets, en 1978 pour les minimes) puis les femmes (seniors en 1978, adolescentes en 1989), enfin le souci de transmission a conduit, après la réintroduction des quilles en milieu scolaire en 1972, à la création d’écoles de quilles de clubs en 1986. Aujourd’hui, plus de 45 écoles de quilles regroupant environ 400 enfants, filles et garçons, de 8 à 12 ans fonctionnent, encadrées par des animateurs diplômés, reconnus par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, formés par une équipe technique et un conseiller technique fédéral, salarié de la discipline. Les féminines ont investi quelque peu les sphères dirigeantes, notamment dans les clubs, mais leur place reste encore modeste dans les comités. La pratique familiale est courante et il n’est pas rare de relever la présence active sur les terrains de plusieurs générations de la même famille, du grand-père au petit-fils, en passant par le père ou même dorénavant la mère. La pyramide des âges des pratiquants s’étend de 8 ans à plus de 90 ans, gage d’une continuité et d’une transmission assurées. Le gigantisme des rendez-vous sportifs (une manche regroupe environ 80 équipes seniors et 40 équipes jeunes et féminines, en un même lieu, le même jour, de 8 heures à 18 heures) baigne paradoxalement dans l’esprit de village. Aucun club ne dépasse 200 licenciés et les villes (Rodez, Millau, Espalion) ne comptent pas plus de licenciés que les petits villages de 500 âmes. Les hauts lieux des quilles ont certes pour nom Espalion ou Rodez, mais aussi Campuac, Magrin, Arvieu, Huparlac, Luc, Gages ou Colombiès, entre autres tout aussi représentatifs. Le fait de résider en ville est neutre et ne constitue pas un obstacle pour le joueur de quilles de huit, pour qui seul compte le village d’origine, dont il veut défendre les couleurs et le maillot. | | | | | | |  | | Même si certains s’adonnent à leur loisir favori tout au long de l’année grâce à des installations couvertes, la plupart des pratiquants calquent leur calendrier sportif sur la période traditionnellement dévolue au championnat civil de plein air (il existe des concours amicaux ou corporatifs sous des superstructures couvertes), soit de mars à août, lorsque les jours sont les plus longs. Le matériel utilisé, boules et quilles, provient de fabrications diverses, à commencer par l’auto approvisionnement. Certains pratiquants, dotés de tours, fabriquent leurs propres quilles et mettent à profit la mauvaise saison pour tourner des "billous" (quilles dites "joueuses"). Ils sont très peu nombreux, en revanche, à réaliser des boules, dont les difficultés principales résident dans la confection de la poignée et la résistance aux chocs. La cherté de ce matériel, est en train de devenir un obstacle à l’expansion du jeu, dans la mesure où tous les clubs ne le prennent pas en charge. Une boule d’adulte, en bois de noyer massif est commercialisée aux alentours de 350 euros et le temps est révolu où tous les concurrents se contentaient de jouer avec le matériel que l’organisateur mettait à leur disposition. La partie de quilles de huit se déroulant en outre de 1 à 20 mètres des quilles plantées, l’usage d’une seule boule est devenu rarissime. Enfin contrairement à ce qui peut être observé ailleurs, l’environnement des quilles de huit ne comporte aucune dimension financière : les spectateurs peuvent accéder gratuitement à tous les lieux de compétitions, qu’elles soient amicales ou officielles, et les champions, en parfaits amateurs ne reçoivent rien d’autre que des coupes ou des médailles en récompense de leurs performances. Les quelques défis organisés dans les dernières fêtes de village ne rapportent à leurs vainqueurs qu’un chevreau ou un agneau, moyennant une participation modique (1 ou 2 euros). Les dirigeants des quilles de huit s’efforcent depuis plusieurs mandats maintenant de les sortir du ghetto dans lequel elles ont été confinées essentiellement par les institutionnels (Etat, collectivités territoriales). Si l’on peut comprendre que leur implantation confidentielle hors de l’Aveyron puisse justifier un engagement institutionnel relatif, il n’en va pas de même en Aveyron où l’importance qu’elles revêtent devrait s’accompagner d’une reconnaissance équivalente. Gérard Ballin, auteur d’une thèse soutenue le 25 mars 1996 à l’Université de Bordeaux écrivait : "l’intention première était de savoir si les bailleurs de fonds institutionnels faisaient une place de choix au sport-quilles. Nous sommes en mesure de répondre qu’il n’en est rien". Dix ans plus tard, il faut bien convenir que le degré de prise en compte reste timide, notamment de la part de l’institution départementale. | | | | | | |  | Les communes quant à elles, se sont constituées en une "Association Intercommunale pour la promotion sportive et culturelle des quilles de huit", qui compte une cinquantaine de membres, toutes rurales et qui se positionne essentiellement sur le domaine culturel et sur celui de la transmission aux jeunes générations. En revanche, la presse locale, notamment le quotidien "Centre Presse" accorde une place importante aux quilles de huit, qui se traduit par un certain nombre de pages "magazine" hebdomadaires et par la publication des résultats (Centre Presse). Le journal "Midi Libre" réalise également une page magazine hebdomadaire pendant la saison. Les autres médias (radios, télévision) n’accordent qu’épisodiquement leur attention aux quilles. | | | | | | Haut de page | | | | | | | L’organisation sportive des quilles de huit | | 1) une fédération unisport, multidisciplinaire Les quilles de huit font partie de la Fédération française de bowling et de sport de Quilles qui regroupe 8 disciplines : le bowling (13500 licenciés) pratiqué sur l’ensemble du territoire, les quilles de huit (4200 licenciés, en Aveyron et dans 6 autres départements ), les quilles Saint Gall (2000 licenciés Haut Rhin), le bowling Classic (1000 licenciés Alsace, Bourgogne), les quilles au maillet (1000 licenciés Gers, Landes, Haute Garonne) les quilles de neuf (600 licenciés Béarn et Bigorre), les quilles de six (400 licenciés Aquitaine) le bowling schere (400 licenciés Lorraine) soit au total près de 23 000 licenciés. Chaque discipline bénéficie d’une large autonomie, financière, technique et sportive et même politique puisque chacune peut prendre des engagements avec des partenaires, notamment les collectivités territoriales. 2) Les quilles de huit : organisation et fonctionnement Comme chacune des 8 disciplines fédérales, les quilles de huit sont organisées avec un comité technique et sportif national, plusieurs comités techniques et sportifs régionaux, plusieurs comités techniques et sportifs départementaux. Elles ne sont présentes que dans trois régions et 7 départements : Ile de France (Paris), Languedoc Roussillon (Hérault, Lozère) et Midi Pyrénées (Aveyron, Haute Garonne, Tarn, Tarn et Garonne). Chaque comité départemental organise ses propres compétitions départementales, suivant les règlements sportifs nationaux (normes de matériel, de parties, règlement sportif) et départementaux (calendrier, répartition géographique en zones de pratique, nombre de parties qualificatives etc.). 3) Quatre types de compétitions inscrites au calendrier officiel peuvent se rencontrer : Les concours amicaux : ils sont le privilège des clubs qui ont la possibilité de moduler les règlements : concours avec ou sans handicaps, possibilité de jouer en équipes mixtes, fixation des jours et horaires de jeu, octroi de récompenses par équipes qui peuvent être des dotations modestes en argent (30 € pour une quadrette), voire des produits du terroir : le club de Grandvabre-Marcillac offre une bouteille de vin de Marcillac à tout joueur qui abat le jeu entier ! Il y a encore 20 ans, les amicaux étaient très prisés et fréquentés, tout en se déroulant le samedi et le dimanche. Parallèlement au concours en quadrettes (seniors) ou en doublettes (jeunes, féminines), ils comportaient une compétition finale individuelle, basée sur une qualification à partir d’une performance minimale à atteindre selon chaque catégorie (senior, jeune, etc.). La récompense individuelle était exclusivement soit une coupe, soit un trophée, jamais une récompense en argent. Aujourd’hui les concours amicaux connaissent une réelle désaffection, à l’exception de ceux qui se sont adjoint des compléments conviviaux : concours organisés en semaine, semi-nocturnes (de 19 h à 24 h) et accompagnés de repas. Les championnats départementaux ou locaux : ils ont progressivement supplanté les concours amicaux et constituent la pierre angulaire de la pratique actuelle des quilles de huit. Les compétitions par équipes se déroulent sur 8 dimanches de mars à juin (Comité de Paris), d’avril à juillet (Comité de l’Aveyron) et débouchent sur des championnats individuels auxquels les meilleurs de chaque catégorie sont qualifiés, puis sur les championnats de France (Equipes et Individuels) Le nombre d’équipes engagées a progressivement conduit à un éclatement des lieux de rencontre. Les anciens regrettent le temps où tous les joueurs se rencontraient en un lieu unique et qui a conduit à demander la réalisation de terrains de quilles de 20 jeux pouvant accueillir 80 équipes. Les effectifs ayant finalement explosé, les joueurs d’un même club ont été finalement amenés à se rendre sur des terrains différents, en fonction de leur niveau, ce qui a probablement nui à la convivialité dans les clubs eux-mêmes. Aujourd’hui, 8 terrains fonctionnent simultanément pour permettre à toutes les équipes engagées de jouer. Seul le championnat aveyronnais fonctionne en pyramide avec trois divisions départementales "d’élite", 2 divisions départementales dites de "ligue" enfin 3 divisions locales, Les jeunes et féminines fonctionnent en divisions uniques de même appellation (dans l’ordre excellence, honneur, promotion, essor, espoir et séries) Le championnat de Paris fonctionne en deux groupes, le premier correspondant à l’"élite" aveyronnaise, le second regroupant les niveaux "ligue" et "séries". On notera, et c’est l’une des dimensions capitales de l’organisation des compétitions que tous les championnats ne sont pas assis sur des affrontements d’équipes, mais sur la comparaison de performances (nombre de quilles abattues) réalisées sur 3 parties consécutives (ou 2 pour les jeunes et féminines) Les compétitions sont aussi adaptées aux différents pratiquants (composition des équipes, distances de jeux, exigences sportives, calendrier plus souple pour les jeunes, les féminines et les enfants des écoles de quilles). | | | | | | |  | | Les championnats interdépartementaux et la coupe interrégionale du Midi L’expérience ayant montré que les clubs isolés ne survivaient pas à l’absence de confrontation à dimension sportive, les dirigeants nationaux ont cherché des solutions pour rompre leur isolement et assurer leur pérennité. En effet, des aveyronnais expatriés ont bien essayé de recréer et de retrouver, loin du "pays" l’ambiance ludique des quilles en créant des clubs : c’est ainsi que l’on a pu assister, dans les années 70 et 80, successivement, à la naissance d’un club à Gardanne, dans les Bouches du Rhône, d’un autre à Chéronnac, dans la Haute Vienne, d’un autre à Cournon, près de Clermont Ferrand ; tous trois, trop éloignés de leur terroir originel et limités à une pratique ludique, ont disparu après avoir brûlé l’énergie de leurs initiateurs. En revanche, la proximité de l’Aveyron et la possibilité qui leur était offerte de s’intégrer au championnat aveyronnais a permis le maintien des clubs de Lozère, avec difficulté, et surtout le développement timide des clubs du Tarn ; voire de la Haute Garonne. Par ailleurs, deux compétitions différentes ont permis leur enracinement durable hors du terreau rouergat : le championnat Ségala Garonne, et dans une moindre mesure, la Coupe du Midi. Le championnat Ségala Garonne consiste en une compétition avec handicap qui permet de niveler les chances de chaque équipe engagée (10 équipes dont 6 hors Aveyron et 4 aveyronnaises). Contrairement au règlement sportif national, la mixité, inimaginable il y a encore quelques années est autorisée. Là encore il n’existe pas d’affrontement direct entre équipes. La Coupe du Midi, tout comme la Coupe de France qui lui succède, est à l’inverse une compétition d’affrontement, basée sur une seule partie, qui préserve les chances des équipes de moindre valeur théorique, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres sports. Cette forme de rencontre présente plusieurs avantages, de notre point de vue : - elle amène des joueurs qui ne seraient jamais appelés à se rencontrer - Les contraintes réglementaires pèsent beaucoup moins car les deux équipes peuvent s’accorder sur le temps d’échauffement, sur la durée de la partie, sur l’arbitrage, sur le terrain lui-même, et recréer des conditions de jeu plus proches des conditions "d’ancien temps" - elle constitue un vecteur de promotion important: l’affrontement avec affichage des scores est parfaitement intelligible d’un néophyte à l’inverse des rencontres gigantesques des championnats et la souplesse de l’organisation est grandement facilitée par les installations requises (un seul jeu suffit). A noter qu’une compétition féminine a été créée en 2006. Les championnats de France : ils sont en revanche la forme la plus aboutie de la dimension sportive des quilles de huit, réunissant plus de 200 joueurs à chaque occasion et de nombreux "aficionados". Un public averti et nombreux, provenant de toutes les régions de pratique en assure régulièrement le succès populaire. Ces compétitions ont chacune leurs caractéristiques propres : - depuis 1946, le championnat de France par équipes se dispute à Rodez, comme, toutes proportions gardées, le Tour de France se termine sur les Champs Elysées ou la Coupe de France de football au Stade de France. - Le championnat de France individuel s’installe chaque année dans un village différent Cette formule permet la mobilisation de tout le tissu économique local autour de l’événement, qui prend, faut-il le regretter ou s’en réjouir, une dimension de plus en plus grande à la fois d’un point de vue médiatique mais aussi financier (50 000 € pour le dernier en date, hors aménagements et hors participations en nature). Tous les 7 ans, il se déroule en Ile de France, accueilli par le Comité de Paris. Exceptionnellement, cet ordonnancement est interrompu par une organisation dans un autre département (Saint Alban en Lozère, Bressols en Tarn et Garonne, Toulouse ont ainsi accueilli ce championnat et Montpellier pourrait prochainement le recevoir). | | | | | | | Haut de page | | | | | | | Tradition et modernité : défis pour le futur | | | | Si la transmission et le développement des quilles de huit restent au cœur des préoccupations des principaux acteurs du système, plusieurs défis majeurs les attendent, eux et leurs successeurs. Le premier se pose en termes d’équilibre entre la tradition et la modernité, en partant du principe que ni l’une ni l’autre ne peuvent se parer uniquement de vertus. Il est probable que la sauvegarde indispensable des équilibres s’articulera autour d’une réactivation de l’approche ludique (retour à l’installation de jeux dans les villages notamment) pour maintenir un contact entre la société civile, le monde rural et la société sportive. et pour assurer l’existence d’un vivier susceptible d’alimenter le renouvellement des pratiquants. La convivialité perdurera également à cette condition mais aussi paradoxalement si les rencontres gardent leur caractère démesuré sur un plan sportif, mais adapté, au plan humain, à des échanges réguliers inter villageois sur une zone géographique suffisante. Il faudra, peut être, admettre qu’en demandant la réalisation de quillodromes de 20 jeux couverts, perpétuant le gigantisme ambiant, mais injustifiables économiquement et difficilement gérables, les dirigeants que nous sommes ont fait fausse route, d’autant qu’il faut bien convenir en outre que traditionnellement, les quilles sont un sport de plein air, pratiqué essentiellement aux beaux jours. Le deuxième se pose en termes de reconnaissance : l’avenir des quilles de huit est conditionné par la nécessité de la prise de conscience, de la part des pouvoirs publics territoriaux, que les quilles de huit sont une richesse culturelle, expression d’une identité forte, soudant les aveyronnais du pays et ceux de la diaspora. Cette reconnaissance exige un traitement particulier, en dehors de l’égalitarisme sportif encore opposé aujourd’hui, notamment par le Conseil Général et déterminera, en partie, l’image de ce sport, auprès des jeunes d’une part et du grand public de l’autre. | | | | | | |  | | Le troisième reste celui de convaincre durablement les jeunes de l’intérêt de pratiquer un jeu traditionnel. Pour cela il conviendrait de faire en sorte que les quilles fassent "naturellement" partie intégrante de la vie quotidienne, à commencer par l’école, ce qui suppose de gagner à leur cause les enseignants du primaire, du secondaire et même du supérieur. Il s’agit là d’une gageure particulièrement ardue. Les quilles de huit n’ont en revanche, pas de souci d’adaptation ou de contemporanéité: elles utilisent déjà les nombreux outils modernes de communication, que ce soit en interne pour les formations d’animateurs, d’arbitres, ou en externe envers leurs différents partenaires. La nécessité d’évolutions importantes dans le domaine technique, par exemple pour permettre aux non-initiés et au public une meilleure compréhension du jeu est certes ressentie par les différents protagonistes mais ne constitue pas un élément omniprésent de la réflexion, peut être à tort, des instances dirigeantes, dans la mesure où les quilles de huit sont en perpétuelle évolution. | | | Haut de page | | | | | | | Bibliographie | | Ballin, G. (1996). Des jeux traditionnels au sport quilles et les mutations de la société Aveyronnaise. Université de Bordeaux II : Thèse de doctorat. Bousquet, J. (1957). Les jeux dans l’Ancien Rouergue (p 265-274) Revue du Rouergue (n° 43) Rodez . Cosson, J.M. et Astruc, P. (2001). Le tour de l’Aveyron par deux enfants Les jeux traditionnels Rodez : Mission départementale de la culture. Kessler, L. (1983). La quille vivante. Paris : Editions Joël Cuenot. Laurens, D. (1990). Les Quilles de huit : chronique d’une passion. Rodez : Editions du Rouergue. Mazars, R. (1970). L’histoire des quilles (p 19 à 39) Fédération française de sports de quilles, section quilles de 8 Rodez : Imprimerie Subervie. Trémaud, H. (1964) Les Français jouent aux quilles. Paris : Editions Maisonneuve et Larose. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | | | | | | | 8 rue des Coquelicots 12850 Onet-le-Château Tel : 05 65 67 24 70 - Fax : 05 65 78 16 77 | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Avertissement | | | | | Le texte qui suit a été proposé, dans le cadre du programme européen "Culture 2000", comme contribution de la FFBSQ et du CTS National des quilles de huit. Sa présentation et son déroulement suivent les directives données à l’ensemble des partenaires de cette opération. Il s’articule autour de 6 mots clefs, mentionnés en italique. Le programme "Culture 2000" s’est achevé, en septembre 2006, par un congrès international à Santander (Cantabrie) et par une publication "EUROPA", ouvrage qui rassemble toutes les contributions. Le congrès de Santander a permis de regrouper, en démonstration, près de 50 jeux de quilles différents. Auteur : Regourd Jacques Fédération française de Bowling et de Sport de Quilles- CTS National des Quilles de huit comite.quillesde8@wanadoo.fr Région, Pays : Midi Pyrénées, France | | | | | | | | | | Résumé | | | | | | Rien ne prédisposait l’Aveyron, département rural et semi-montagnard du Sud de la France, encore enclavé aujourd’hui, à devenir un "temple du jeu de quilles", plutôt que ses voisins, dans lesquels elles restent à l’état de survivances. La codification du jeu par les "amicalistes" parisiens, semble bien avoir été à l’origine d’une évolution à caractère sportif, non exclusive jusqu’au milieu du 20 ° siècle. La sportivisation découlera en fait de la prise en main des structures sportives par des intellectuels (juge, psychiatre ou instituteurs) qui vont faire la part belle à l’écrit, aux dépens de l’oralité dans l’organisation de la pratique. "Verba volant, scripta manent", la fantaisie et le jeu réservé aux hommes laissent la place au sport normé et codifié, plus rigide, mais enfin ouvert à tous et notamment à la féminisation ; Le sport-quilles de huit connaît alors un développement exceptionnel (320 licenciés au début des années 50, plus de 4 000 aujourd’hui) qui va conduire, pour concilier sport et convivialité, à une forme de gigantisme des terrains de jeux. qui va permettre de sauvegarder l’esprit d’appartenance à un groupe social, à travers la ruralité, le village et le terroir. Les quilles de huit réunissent toutes les générations autour d’un loisir pour le plus grand nombre ou d’un sport pour l’élite qui reste totalement amateur, les seules récompenses étant des coupes, des médailles et le plaisir de défendre un maillot. Leur introduction à l’école, initiée dans les années 70, reste une condition indispensable à leur transmission. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | La situation des jeux et sports traditionnels en Aveyron : les quilles de huit | | | | | | | | L’usage quasi exclusif de la langue vernaculaire de l’Aveyron, l’occitan, et la pratique naturelle des jeux traditionnels dans les cours d’école ou sur les places de village se sont maintenus jusqu’à la fin de l’entre deux guerres. La deuxième moitié du XX° siècle va voir insensiblement d’abord, puis inéluctablement et de plus en plus vite, "le progrès" leur substituer l’usage du français et des sports "modernes". Dans cette débâcle généralisée, quelques points de fixation apparaissent, parmi lesquels les sociétés académiques occitanes pour la langue, et les structures sportivesdes quilles pour les jeux traditionnels. Dans les deux cas, une réelle altération du contenu originel en est résultée puisque l’occitan académique parait superficiel aux derniers locuteurs, et le sport de quilles normé est désormais assez éloigné du jeu de quilles improvisé des dimanches et fêtes. Le présent propos ne traitera que des quilles de huitparce que seules les quilles sont aujourd’hui notables, ensuite parce qu’une étude exhaustive des jeux traditionnels de l’Aveyron, pour la plupart disparus ou moribonds, demanderait des recherches plus approfondies. Toutes les communes aveyronnaises (304) ont été contactées dans le cadre de l’inventaire engagé. On notera que le retour des questionnaires a été très limité (19 soit 6,17%) et que toutes ont fait référence aux quilles de huit. L’Aveyron comptait au dernier recensement général (1999) 263 800 habitants, répartis sur 8735 km², soit une densité de 30 habitants au km². Les dernières estimations de l’INSEE font état d’un redémarrage démographique (272 200 habitants en 2004) mais la population est relativement âgée ( 57 % de plus de 40 ans). C’est un département encore très rural, de moyenne montagne (point culminant 1451 m) dont le climat connaît des influences continentales, océaniques et méditerranéennes. Il correspond intégralement à l’aire d’occupation de la tribu gauloise des ruthènes, puis au Rouergue de l’ancien régime, mais son peuplement est bien antérieur aux gaulois puisqu’il est le département de France le plus fourni en dolmens (plus de 1 000). Jusqu’à une époque récente, il a été marqué par une forte endogamie, à l’origine d’un réel enracinement, même pour les couples émigrés. Comme dans toute la France rurale, la pratique du jeu de quilles en Aveyron trouve ses origines probablement au haut moyen âge. Sa présence est attestée, plus tard, par une ordonnance de police qui à Rodez, en 1609, interdit tous les jeux publics "tant que le divin service se célèbre es églises de la présente ville les jours de dimanche et festes, permettant les autres jours les jeux de quilles et de paume comme licites sans escandales toutefois". Vers 1900, on joue beaucoup aux quilles dans le moindre village. Le matériel utilisé, les unités de mesure comme les règles d’ailleurs, varient légèrement d’une région à une autre. En Aveyron, comme dans la plupart des départements limitrophes, le jeu à 9 quilles, à même la terre battue, était le plus pratiqué (la région de Villefranche de Rouergue pratiquait surtout le jeu dit de "rampeau" à 6 quilles plantées en triangle, généralement sur une piste en bois). Les jeux à 9 quilles consistaient à abattre, à l’aide d’une boule, des quilles dressées en carré de 3 rangées de trois. Le jeu "à mettre" était parmi les plus répandus, c'est-à-dire que le meneur de jeu imposait des figures à réaliser, des quilles à abattre, des façons de lancer la boule, des distances de jeu etc. | | | | | | Dans la région d’Espalion, l’une de ces figures consistait "à prendre quille" en ne laissant que 8 quilles debout et en utilisant la neuvième comme projectile, propulsé par la boule. Les Aveyronnais émigrés à Paris vont jouer un rôle déterminant pour l’unification et la codification des jeux de quilles ; la coexistence de différentes façons de jouer, richesse au plan local, s’avéra un handicap pour la pratique du jeu de quilles dans la capitale, lors des rassemblements annuels organisés par les puissantes amicales regroupant les personnes originaires d’un même village. | | | | |  | | | | | | | En 1911, puis en 1912, leur rassemblement eut lieu à Viroflay, près de Versailles. Les Aveyronnais réunis au sein de la "Solidarité Aveyronnaise", se résolurent à codifier le jeu pour permettre des rencontres entre originaires de villages différents ; la plupart d’entre eux étant originaires du Nord Aveyron, il est compréhensible que ce soit la "mode espalionnaise" qui ait prévalu sur toutes les autres. Au pays, on appellera ce jeu "à la parisienne" ou encore "le concours", par opposition aux autres façons de jouer qui se maintiendront jusqu’au milieu des années 50. Les quilles de huit étaient nées, bien que l’usage exclusif du terme de "quilles de 9 aveyronnaises" se soit maintenu jusqu’à la création de la Fédération française des sports de quilles en janvier 1957. La pratique ludique reste dominante et prévaut largement sur le "sport", qui s’exprime dans le cadre d’un championnat de l’Aveyron appelé "fanion", qui réunit les plus acharnés des pratiquants sur 3 journées seulement. Il n’en demeure pas moins que l’on ne donne pas cher de l’avenir des quilles à la fin des années 50. C’est ainsi que Jacques Bousquet, directeur des archives départementales, écrit, dans la revue du Rouergue en 1957 : "il faudrait se hâter d’en noter les règles…pour satisfaire la curiosité des historiens à venir". Contrairement à toute attente, la "sportivisation" d’une part, le retour des quilles dans les écoles d’autre part, à partir de 1972, la féminisation enfin à partir de 1980 vont inverser le processus à tel point qu’aujourd’hui le sport de quilles de huit occupe la 3° place des disciplines sportives pratiquées dans le département, après le football et la pétanque. Aujourd’hui elles comptent plus de 4 000 licenciés (et guère plus de pratiquants) situés à 95 % en Aveyron. Cette année, en 2006, un nouveau record vient d’être battu puisque 457 quadrettes seniors et 270 doublettes de jeunes ou de féminines se sont engagées en championnat de l’Aveyron, sans compter les 400 enfants de mois de 12 ans engagés dans les écoles de quilles. L’âge moyen de l’ensemble des licenciés (plus de 4000 en 2005 dont plus de 500 féminines) ressort à 34 ans, celui des féminines étant encore beaucoup plus jeune. | | | Haut de page | | | | | | | | Dimension socioculturelle des quilles de huit | | | | | | La pratique des quilles de huit immergée dans son propre milieu culturel dominant (ancienneté, permanence et importance sociale de la pratique), ne concerne qu’une partie de l’Aveyron comme le nombre de clubs peut le laisser supposer : le département compte 304 communes et ne compte que 74 clubs, situés en quasi-totalité sur le Ségala, le Lévezou, la Viadène, l’Aubrac, la Vallée du Lot et de l’Aveyron. Des zones entières les ignorent, telles que le Villefranchois, le Saint Affricain et toute la rive gauche du Tarn, le Carladès au nord, sur la rive droite de la Truyère. | | | | | | |  | | La cellule de base est le club (jusques dans les années 1980, le terme de "société de quilles" sera régulièrement usité) correspondant soit à une commune, soit à une partie de commune,soit à une paroisse lorsqu’il se situe en Aveyron. Le club est beaucoup plus neutre géographiquement lorsqu’il est extérieur au département et se rattache parfois à l’amicalisme aveyronnais, évoqué supra. Le nombre de leurs licenciés est parfois impressionnant en regard de la population communale : Huparlac 234 habitants, 90 licenciés, Colombiès 984 habitants, 182 licenciés, Trémouilles 504 habitants, 117 licenciés, etc. Le jeu de quilles est resté, en Aveyron, pendant de longues décennies, l’apanage des jeunes hommes et des hommes adultes. Les femmes en étaient exclues. Le poids des traditions, religieuses et sociales, telles que l’interdiction du travail le dimanche, les modes de vie favorisant les rassemblements réguliers d’hommes (offices religieux, foires, fêtes votives), le nombre important d’auberges et l’environnement (places ombragées en terre battue, abondance du bois) favorisaient la pratique des quilles en tant que loisir collectif, que l’on soit joueur ou simple spectateur, s’exprimant à l’unisson de la société villageoise. A l’inverse, la dépopulation et le vieillissement des campagnes, la disparition des espaces en terre battue au profit du goudron, la baisse de fréquentation des offices, la quasi-disparition des fêtes votives et des auberges de village, l’urbanisation, l’accession des femmes à un nouveau statut social ont induit une nouvelle donne. C’est ainsi que d’abord le lieu de pratique a abandonné le centre des villages pour se déplacer souvent à l’extérieur, sur des zones spécifiquement aménagées, dont le gigantisme peut surprendre le non initié. En effet, la pratique ludique a presque disparu, au profit de rencontres sportives mettant aux prises un nombre incalculable d’équipes de villages, regroupées à tour de rôle dans l’un d’entre-eux. Le défi dominical, proche des estaminets, réservé aux hommes et porteur d’un machisme bien réel (n’appelait- t’on pas la quille maîtresse du jeu la "buffe", terme désignant aussi en occitan le sexe de la femme, aujourd’hui utilisé principalement pour désigner un zéro, et, signe des temps, aussi bien par les femmes que par les hommes, compte tenu de la déperdition de l’occitan véhiculaire) a laissé la place à une machine bien rodée mise en place par une succession de dirigeants animés par un souci d’égalitarisme (mise en place de règlements précis et même parfois byzantins, création de catégories etc.), à l’origine de la "sportivisation". De ce fait, ensuite, les jeunes (autres que juniors), ont progressivement gagné le droit de participer (en 1975 pour les cadets, en 1978 pour les minimes) puis les femmes (seniors en 1978, adolescentes en 1989), enfin le souci de transmission a conduit, après la réintroduction des quilles en milieu scolaire en 1972, à la création d’écoles de quilles de clubs en 1986. Aujourd’hui, plus de 45 écoles de quilles regroupant environ 400 enfants, filles et garçons, de 8 à 12 ans fonctionnent, encadrées par des animateurs diplômés, reconnus par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, formés par une équipe technique et un conseiller technique fédéral, salarié de la discipline. Les féminines ont investi quelque peu les sphères dirigeantes, notamment dans les clubs, mais leur place reste encore modeste dans les comités. La pratique familiale est courante et il n’est pas rare de relever la présence active sur les terrains de plusieurs générations de la même famille, du grand-père au petit-fils, en passant par le père ou même dorénavant la mère. La pyramide des âges des pratiquants s’étend de 8 ans à plus de 90 ans, gage d’une continuité et d’une transmission assurées. Le gigantisme des rendez-vous sportifs (une manche regroupe environ 80 équipes seniors et 40 équipes jeunes et féminines, en un même lieu, le même jour, de 8 heures à 18 heures) baigne paradoxalement dans l’esprit de village. Aucun club ne dépasse 200 licenciés et les villes (Rodez, Millau, Espalion) ne comptent pas plus de licenciés que les petits villages de 500 âmes. Les hauts lieux des quilles ont certes pour nom Espalion ou Rodez, mais aussi Campuac, Magrin, Arvieu, Huparlac, Luc, Gages ou Colombiès, entre autres tout aussi représentatifs. Le fait de résider en ville est neutre et ne constitue pas un obstacle pour le joueur de quilles de huit, pour qui seul compte le village d’origine, dont il veut défendre les couleurs et le maillot. | | | | | | |  | | Même si certains s’adonnent à leur loisir favori tout au long de l’année grâce à des installations couvertes, la plupart des pratiquants calquent leur calendrier sportif sur la période traditionnellement dévolue au championnat civil de plein air (il existe des concours amicaux ou corporatifs sous des superstructures couvertes), soit de mars à août, lorsque les jours sont les plus longs. Le matériel utilisé, boules et quilles, provient de fabrications diverses, à commencer par l’auto approvisionnement. Certains pratiquants, dotés de tours, fabriquent leurs propres quilles et mettent à profit la mauvaise saison pour tourner des "billous" (quilles dites "joueuses"). Ils sont très peu nombreux, en revanche, à réaliser des boules, dont les difficultés principales résident dans la confection de la poignée et la résistance aux chocs. La cherté de ce matériel, est en train de devenir un obstacle à l’expansion du jeu, dans la mesure où tous les clubs ne le prennent pas en charge. Une boule d’adulte, en bois de noyer massif est commercialisée aux alentours de 350 euros et le temps est révolu où tous les concurrents se contentaient de jouer avec le matériel que l’organisateur mettait à leur disposition. La partie de quilles de huit se déroulant en outre de 1 à 20 mètres des quilles plantées, l’usage d’une seule boule est devenu rarissime. Enfin contrairement à ce qui peut être observé ailleurs, l’environnement des quilles de huit ne comporte aucune dimension financière : les spectateurs peuvent accéder gratuitement à tous les lieux de compétitions, qu’elles soient amicales ou officielles, et les champions, en parfaits amateurs ne reçoivent rien d’autre que des coupes ou des médailles en récompense de leurs performances. Les quelques défis organisés dans les dernières fêtes de village ne rapportent à leurs vainqueurs qu’un chevreau ou un agneau, moyennant une participation modique (1 ou 2 euros). Les dirigeants des quilles de huit s’efforcent depuis plusieurs mandats maintenant de les sortir du ghetto dans lequel elles ont été confinées essentiellement par les institutionnels (Etat, collectivités territoriales). Si l’on peut comprendre que leur implantation confidentielle hors de l’Aveyron puisse justifier un engagement institutionnel relatif, il n’en va pas de même en Aveyron où l’importance qu’elles revêtent devrait s’accompagner d’une reconnaissance équivalente. Gérard Ballin, auteur d’une thèse soutenue le 25 mars 1996 à l’Université de Bordeaux écrivait : "l’intention première était de savoir si les bailleurs de fonds institutionnels faisaient une place de choix au sport-quilles. Nous sommes en mesure de répondre qu’il n’en est rien". Dix ans plus tard, il faut bien convenir que le degré de prise en compte reste timide, notamment de la part de l’institution départementale. | | | | | | |  | Les communes quant à elles, se sont constituées en une "Association Intercommunale pour la promotion sportive et culturelle des quilles de huit", qui compte une cinquantaine de membres, toutes rurales et qui se positionne essentiellement sur le domaine culturel et sur celui de la transmission aux jeunes générations. En revanche, la presse locale, notamment le quotidien "Centre Presse" accorde une place importante aux quilles de huit, qui se traduit par un certain nombre de pages "magazine" hebdomadaires et par la publication des résultats (Centre Presse). Le journal "Midi Libre" réalise également une page magazine hebdomadaire pendant la saison. Les autres médias (radios, télévision) n’accordent qu’épisodiquement leur attention aux quilles. | | | | | | Haut de page | | | | | | | L’organisation sportive des quilles de huit | | 1) une fédération unisport, multidisciplinaire Les quilles de huit font partie de la Fédération française de bowling et de sport de Quilles qui regroupe 8 disciplines : le bowling (13500 licenciés) pratiqué sur l’ensemble du territoire, les quilles de huit (4200 licenciés, en Aveyron et dans 6 autres départements ), les quilles Saint Gall (2000 licenciés Haut Rhin), le bowling Classic (1000 licenciés Alsace, Bourgogne), les quilles au maillet (1000 licenciés Gers, Landes, Haute Garonne) les quilles de neuf (600 licenciés Béarn et Bigorre), les quilles de six (400 licenciés Aquitaine) le bowling schere (400 licenciés Lorraine) soit au total près de 23 000 licenciés. Chaque discipline bénéficie d’une large autonomie, financière, technique et sportive et même politique puisque chacune peut prendre des engagements avec des partenaires, notamment les collectivités territoriales. 2) Les quilles de huit : organisation et fonctionnement Comme chacune des 8 disciplines fédérales, les quilles de huit sont organisées avec un comité technique et sportif national, plusieurs comités techniques et sportifs régionaux, plusieurs comités techniques et sportifs départementaux. Elles ne sont présentes que dans trois régions et 7 départements : Ile de France (Paris), Languedoc Roussillon (Hérault, Lozère) et Midi Pyrénées (Aveyron, Haute Garonne, Tarn, Tarn et Garonne). Chaque comité départemental organise ses propres compétitions départementales, suivant les règlements sportifs nationaux (normes de matériel, de parties, règlement sportif) et départementaux (calendrier, répartition géographique en zones de pratique, nombre de parties qualificatives etc.). 3) Quatre types de compétitions inscrites au calendrier officiel peuvent se rencontrer : Les concours amicaux : ils sont le privilège des clubs qui ont la possibilité de moduler les règlements : concours avec ou sans handicaps, possibilité de jouer en équipes mixtes, fixation des jours et horaires de jeu, octroi de récompenses par équipes qui peuvent être des dotations modestes en argent (30 € pour une quadrette), voire des produits du terroir : le club de Grandvabre-Marcillac offre une bouteille de vin de Marcillac à tout joueur qui abat le jeu entier ! Il y a encore 20 ans, les amicaux étaient très prisés et fréquentés, tout en se déroulant le samedi et le dimanche. Parallèlement au concours en quadrettes (seniors) ou en doublettes (jeunes, féminines), ils comportaient une compétition finale individuelle, basée sur une qualification à partir d’une performance minimale à atteindre selon chaque catégorie (senior, jeune, etc.). La récompense individuelle était exclusivement soit une coupe, soit un trophée, jamais une récompense en argent. Aujourd’hui les concours amicaux connaissent une réelle désaffection, à l’exception de ceux qui se sont adjoint des compléments conviviaux : concours organisés en semaine, semi-nocturnes (de 19 h à 24 h) et accompagnés de repas. Les championnats départementaux ou locaux : ils ont progressivement supplanté les concours amicaux et constituent la pierre angulaire de la pratique actuelle des quilles de huit. Les compétitions par équipes se déroulent sur 8 dimanches de mars à juin (Comité de Paris), d’avril à juillet (Comité de l’Aveyron) et débouchent sur des championnats individuels auxquels les meilleurs de chaque catégorie sont qualifiés, puis sur les championnats de France (Equipes et Individuels) Le nombre d’équipes engagées a progressivement conduit à un éclatement des lieux de rencontre. Les anciens regrettent le temps où tous les joueurs se rencontraient en un lieu unique et qui a conduit à demander la réalisation de terrains de quilles de 20 jeux pouvant accueillir 80 équipes. Les effectifs ayant finalement explosé, les joueurs d’un même club ont été finalement amenés à se rendre sur des terrains différents, en fonction de leur niveau, ce qui a probablement nui à la convivialité dans les clubs eux-mêmes. Aujourd’hui, 8 terrains fonctionnent simultanément pour permettre à toutes les équipes engagées de jouer. Seul le championnat aveyronnais fonctionne en pyramide avec trois divisions départementales "d’élite", 2 divisions départementales dites de "ligue" enfin 3 divisions locales, Les jeunes et féminines fonctionnent en divisions uniques de même appellation (dans l’ordre excellence, honneur, promotion, essor, espoir et séries) Le championnat de Paris fonctionne en deux groupes, le premier correspondant à l’"élite" aveyronnaise, le second regroupant les niveaux "ligue" et "séries". On notera, et c’est l’une des dimensions capitales de l’organisation des compétitions que tous les championnats ne sont pas assis sur des affrontements d’équipes, mais sur la comparaison de performances (nombre de quilles abattues) réalisées sur 3 parties consécutives (ou 2 pour les jeunes et féminines) Les compétitions sont aussi adaptées aux différents pratiquants (composition des équipes, distances de jeux, exigences sportives, calendrier plus souple pour les jeunes, les féminines et les enfants des écoles de quilles). | | | | | | |  | | Les championnats interdépartementaux et la coupe interrégionale du Midi L’expérience ayant montré que les clubs isolés ne survivaient pas à l’absence de confrontation à dimension sportive, les dirigeants nationaux ont cherché des solutions pour rompre leur isolement et assurer leur pérennité. En effet, des aveyronnais expatriés ont bien essayé de recréer et de retrouver, loin du "pays" l’ambiance ludique des quilles en créant des clubs : c’est ainsi que l’on a pu assister, dans les années 70 et 80, successivement, à la naissance d’un club à Gardanne, dans les Bouches du Rhône, d’un autre à Chéronnac, dans la Haute Vienne, d’un autre à Cournon, près de Clermont Ferrand ; tous trois, trop éloignés de leur terroir originel et limités à une pratique ludique, ont disparu après avoir brûlé l’énergie de leurs initiateurs. En revanche, la proximité de l’Aveyron et la possibilité qui leur était offerte de s’intégrer au championnat aveyronnais a permis le maintien des clubs de Lozère, avec difficulté, et surtout le développement timide des clubs du Tarn ; voire de la Haute Garonne. Par ailleurs, deux compétitions différentes ont permis leur enracinement durable hors du terreau rouergat : le championnat Ségala Garonne, et dans une moindre mesure, la Coupe du Midi. Le championnat Ségala Garonne consiste en une compétition avec handicap qui permet de niveler les chances de chaque équipe engagée (10 équipes dont 6 hors Aveyron et 4 aveyronnaises). Contrairement au règlement sportif national, la mixité, inimaginable il y a encore quelques années est autorisée. Là encore il n’existe pas d’affrontement direct entre équipes. La Coupe du Midi, tout comme la Coupe de France qui lui succède, est à l’inverse une compétition d’affrontement, basée sur une seule partie, qui préserve les chances des équipes de moindre valeur théorique, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres sports. Cette forme de rencontre présente plusieurs avantages, de notre point de vue : - elle amène des joueurs qui ne seraient jamais appelés à se rencontrer - Les contraintes réglementaires pèsent beaucoup moins car les deux équipes peuvent s’accorder sur le temps d’échauffement, sur la durée de la partie, sur l’arbitrage, sur le terrain lui-même, et recréer des conditions de jeu plus proches des conditions "d’ancien temps" - elle constitue un vecteur de promotion important: l’affrontement avec affichage des scores est parfaitement intelligible d’un néophyte à l’inverse des rencontres gigantesques des championnats et la souplesse de l’organisation est grandement facilitée par les installations requises (un seul jeu suffit). A noter qu’une compétition féminine a été créée en 2006. Les championnats de France : ils sont en revanche la forme la plus aboutie de la dimension sportive des quilles de huit, réunissant plus de 200 joueurs à chaque occasion et de nombreux "aficionados". Un public averti et nombreux, provenant de toutes les régions de pratique en assure régulièrement le succès populaire. Ces compétitions ont chacune leurs caractéristiques propres : - depuis 1946, le championnat de France par équipes se dispute à Rodez, comme, toutes proportions gardées, le Tour de France se termine sur les Champs Elysées ou la Coupe de France de football au Stade de France. - Le championnat de France individuel s’installe chaque année dans un village différent Cette formule permet la mobilisation de tout le tissu économique local autour de l’événement, qui prend, faut-il le regretter ou s’en réjouir, une dimension de plus en plus grande à la fois d’un point de vue médiatique mais aussi financier (50 000 € pour le dernier en date, hors aménagements et hors participations en nature). Tous les 7 ans, il se déroule en Ile de France, accueilli par le Comité de Paris. Exceptionnellement, cet ordonnancement est interrompu par une organisation dans un autre département (Saint Alban en Lozère, Bressols en Tarn et Garonne, Toulouse ont ainsi accueilli ce championnat et Montpellier pourrait prochainement le recevoir). | | | | | | | Haut de page | | | | | | | Tradition et modernité : défis pour le futur | | | | Si la transmission et le développement des quilles de huit restent au cœur des préoccupations des principaux acteurs du système, plusieurs défis majeurs les attendent, eux et leurs successeurs. Le premier se pose en termes d’équilibre entre la tradition et la modernité, en partant du principe que ni l’une ni l’autre ne peuvent se parer uniquement de vertus. Il est probable que la sauvegarde indispensable des équilibres s’articulera autour d’une réactivation de l’approche ludique (retour à l’installation de jeux dans les villages notamment) pour maintenir un contact entre la société civile, le monde rural et la société sportive. et pour assurer l’existence d’un vivier susceptible d’alimenter le renouvellement des pratiquants. La convivialité perdurera également à cette condition mais aussi paradoxalement si les rencontres gardent leur caractère démesuré sur un plan sportif, mais adapté, au plan humain, à des échanges réguliers inter villageois sur une zone géographique suffisante. Il faudra, peut être, admettre qu’en demandant la réalisation de quillodromes de 20 jeux couverts, perpétuant le gigantisme ambiant, mais injustifiables économiquement et difficilement gérables, les dirigeants que nous sommes ont fait fausse route, d’autant qu’il faut bien convenir en outre que traditionnellement, les quilles sont un sport de plein air, pratiqué essentiellement aux beaux jours. Le deuxième se pose en termes de reconnaissance : l’avenir des quilles de huit est conditionné par la nécessité de la prise de conscience, de la part des pouvoirs publics territoriaux, que les quilles de huit sont une richesse culturelle, expression d’une identité forte, soudant les aveyronnais du pays et ceux de la diaspora. Cette reconnaissance exige un traitement particulier, en dehors de l’égalitarisme sportif encore opposé aujourd’hui, notamment par le Conseil Général et déterminera, en partie, l’image de ce sport, auprès des jeunes d’une part et du grand public de l’autre. | | | | | | |  | | Le troisième reste celui de convaincre durablement les jeunes de l’intérêt de pratiquer un jeu traditionnel. Pour cela il conviendrait de faire en sorte que les quilles fassent "naturellement" partie intégrante de la vie quotidienne, à commencer par l’école, ce qui suppose de gagner à leur cause les enseignants du primaire, du secondaire et même du supérieur. Il s’agit là d’une gageure particulièrement ardue. Les quilles de huit n’ont en revanche, pas de souci d’adaptation ou de contemporanéité: elles utilisent déjà les nombreux outils modernes de communication, que ce soit en interne pour les formations d’animateurs, d’arbitres, ou en externe envers leurs différents partenaires. La nécessité d’évolutions importantes dans le domaine technique, par exemple pour permettre aux non-initiés et au public une meilleure compréhension du jeu est certes ressentie par les différents protagonistes mais ne constitue pas un élément omniprésent de la réflexion, peut être à tort, des instances dirigeantes, dans la mesure où les quilles de huit sont en perpétuelle évolution. | | | Haut de page | | | | | | | Bibliographie | | Ballin, G. (1996). Des jeux traditionnels au sport quilles et les mutations de la société Aveyronnaise. Université de Bordeaux II : Thèse de doctorat. Bousquet, J. (1957). Les jeux dans l’Ancien Rouergue (p 265-274) Revue du Rouergue (n° 43) Rodez . Cosson, J.M. et Astruc, P. (2001). Le tour de l’Aveyron par deux enfants Les jeux traditionnels Rodez : Mission départementale de la culture. Kessler, L. (1983). La quille vivante. Paris : Editions Joël Cuenot. Laurens, D. (1990). Les Quilles de huit : chronique d’une passion. Rodez : Editions du Rouergue. Mazars, R. (1970). L’histoire des quilles (p 19 à 39) Fédération française de sports de quilles, section quilles de 8 Rodez : Imprimerie Subervie. Trémaud, H. (1964) Les Français jouent aux quilles. Paris : Editions Maisonneuve et Larose. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | | | | | | | 8 rue des Coquelicots 12850 Onet-le-Château Tel : 05 65 67 24 70 - Fax : 05 65 78 16 77 | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | Avertissement | | | | | Le texte qui suit a été proposé, dans le cadre du programme européen "Culture 2000", comme contribution de la FFBSQ et du CTS National des quilles de huit. Sa présentation et son déroulement suivent les directives données à l’ensemble des partenaires de cette opération. Il s’articule autour de 6 mots clefs, mentionnés en italique. Le programme "Culture 2000" s’est achevé, en septembre 2006, par un congrès international à Santander (Cantabrie) et par une publication "EUROPA", ouvrage qui rassemble toutes les contributions. Le congrès de Santander a permis de regrouper, en démonstration, près de 50 jeux de quilles différents. Auteur : Regourd Jacques Fédération française de Bowling et de Sport de Quilles- CTS National des Quilles de huit comite.quillesde8@wanadoo.fr Région, Pays : Midi Pyrénées, France | | | | | | | | | | Résumé | | | | | | Rien ne prédisposait l’Aveyron, département rural et semi-montagnard du Sud de la France, encore enclavé aujourd’hui, à devenir un "temple du jeu de quilles", plutôt que ses voisins, dans lesquels elles restent à l’état de survivances. La codification du jeu par les "amicalistes" parisiens, semble bien avoir été à l’origine d’une évolution à caractère sportif, non exclusive jusqu’au milieu du 20 ° siècle. La sportivisation découlera en fait de la prise en main des structures sportives par des intellectuels (juge, psychiatre ou instituteurs) qui vont faire la part belle à l’écrit, aux dépens de l’oralité dans l’organisation de la pratique. "Verba volant, scripta manent", la fantaisie et le jeu réservé aux hommes laissent la place au sport normé et codifié, plus rigide, mais enfin ouvert à tous et notamment à la féminisation ; Le sport-quilles de huit connaît alors un développement exceptionnel (320 licenciés au début des années 50, plus de 4 000 aujourd’hui) qui va conduire, pour concilier sport et convivialité, à une forme de gigantisme des terrains de jeux. qui va permettre de sauvegarder l’esprit d’appartenance à un groupe social, à travers la ruralité, le village et le terroir. Les quilles de huit réunissent toutes les générations autour d’un loisir pour le plus grand nombre ou d’un sport pour l’élite qui reste totalement amateur, les seules récompenses étant des coupes, des médailles et le plaisir de défendre un maillot. Leur introduction à l’école, initiée dans les années 70, reste une condition indispensable à leur transmission. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | La situation des jeux et sports traditionnels en Aveyron : les quilles de huit | | | | | | | | L’usage quasi exclusif de la langue vernaculaire de l’Aveyron, l’occitan, et la pratique naturelle des jeux traditionnels dans les cours d’école ou sur les places de village se sont maintenus jusqu’à la fin de l’entre deux guerres. La deuxième moitié du XX° siècle va voir insensiblement d’abord, puis inéluctablement et de plus en plus vite, "le progrès" leur substituer l’usage du français et des sports "modernes". Dans cette débâcle généralisée, quelques points de fixation apparaissent, parmi lesquels les sociétés académiques occitanes pour la langue, et les structures sportivesdes quilles pour les jeux traditionnels. Dans les deux cas, une réelle altération du contenu originel en est résultée puisque l’occitan académique parait superficiel aux derniers locuteurs, et le sport de quilles normé est désormais assez éloigné du jeu de quilles improvisé des dimanches et fêtes. Le présent propos ne traitera que des quilles de huitparce que seules les quilles sont aujourd’hui notables, ensuite parce qu’une étude exhaustive des jeux traditionnels de l’Aveyron, pour la plupart disparus ou moribonds, demanderait des recherches plus approfondies. Toutes les communes aveyronnaises (304) ont été contactées dans le cadre de l’inventaire engagé. On notera que le retour des questionnaires a été très limité (19 soit 6,17%) et que toutes ont fait référence aux quilles de huit. L’Aveyron comptait au dernier recensement général (1999) 263 800 habitants, répartis sur 8735 km², soit une densité de 30 habitants au km². Les dernières estimations de l’INSEE font état d’un redémarrage démographique (272 200 habitants en 2004) mais la population est relativement âgée ( 57 % de plus de 40 ans). C’est un département encore très rural, de moyenne montagne (point culminant 1451 m) dont le climat connaît des influences continentales, océaniques et méditerranéennes. Il correspond intégralement à l’aire d’occupation de la tribu gauloise des ruthènes, puis au Rouergue de l’ancien régime, mais son peuplement est bien antérieur aux gaulois puisqu’il est le département de France le plus fourni en dolmens (plus de 1 000). Jusqu’à une époque récente, il a été marqué par une forte endogamie, à l’origine d’un réel enracinement, même pour les couples émigrés. Comme dans toute la France rurale, la pratique du jeu de quilles en Aveyron trouve ses origines probablement au haut moyen âge. Sa présence est attestée, plus tard, par une ordonnance de police qui à Rodez, en 1609, interdit tous les jeux publics "tant que le divin service se célèbre es églises de la présente ville les jours de dimanche et festes, permettant les autres jours les jeux de quilles et de paume comme licites sans escandales toutefois". Vers 1900, on joue beaucoup aux quilles dans le moindre village. Le matériel utilisé, les unités de mesure comme les règles d’ailleurs, varient légèrement d’une région à une autre. En Aveyron, comme dans la plupart des départements limitrophes, le jeu à 9 quilles, à même la terre battue, était le plus pratiqué (la région de Villefranche de Rouergue pratiquait surtout le jeu dit de "rampeau" à 6 quilles plantées en triangle, généralement sur une piste en bois). Les jeux à 9 quilles consistaient à abattre, à l’aide d’une boule, des quilles dressées en carré de 3 rangées de trois. Le jeu "à mettre" était parmi les plus répandus, c'est-à-dire que le meneur de jeu imposait des figures à réaliser, des quilles à abattre, des façons de lancer la boule, des distances de jeu etc. | | | | | | Dans la région d’Espalion, l’une de ces figures consistait "à prendre quille" en ne laissant que 8 quilles debout et en utilisant la neuvième comme projectile, propulsé par la boule. Les Aveyronnais émigrés à Paris vont jouer un rôle déterminant pour l’unification et la codification des jeux de quilles ; la coexistence de différentes façons de jouer, richesse au plan local, s’avéra un handicap pour la pratique du jeu de quilles dans la capitale, lors des rassemblements annuels organisés par les puissantes amicales regroupant les personnes originaires d’un même village. | | | | |  | | | | | | | En 1911, puis en 1912, leur rassemblement eut lieu à Viroflay, près de Versailles. Les Aveyronnais réunis au sein de la "Solidarité Aveyronnaise", se résolurent à codifier le jeu pour permettre des rencontres entre originaires de villages différents ; la plupart d’entre eux étant originaires du Nord Aveyron, il est compréhensible que ce soit la "mode espalionnaise" qui ait prévalu sur toutes les autres. Au pays, on appellera ce jeu "à la parisienne" ou encore "le concours", par opposition aux autres façons de jouer qui se maintiendront jusqu’au milieu des années 50. Les quilles de huit étaient nées, bien que l’usage exclusif du terme de "quilles de 9 aveyronnaises" se soit maintenu jusqu’à la création de la Fédération française des sports de quilles en janvier 1957. La pratique ludique reste dominante et prévaut largement sur le "sport", qui s’exprime dans le cadre d’un championnat de l’Aveyron appelé "fanion", qui réunit les plus acharnés des pratiquants sur 3 journées seulement. Il n’en demeure pas moins que l’on ne donne pas cher de l’avenir des quilles à la fin des années 50. C’est ainsi que Jacques Bousquet, directeur des archives départementales, écrit, dans la revue du Rouergue en 1957 : "il faudrait se hâter d’en noter les règles…pour satisfaire la curiosité des historiens à venir". Contrairement à toute attente, la "sportivisation" d’une part, le retour des quilles dans les écoles d’autre part, à partir de 1972, la féminisation enfin à partir de 1980 vont inverser le processus à tel point qu’aujourd’hui le sport de quilles de huit occupe la 3° place des disciplines sportives pratiquées dans le département, après le football et la pétanque. Aujourd’hui elles comptent plus de 4 000 licenciés (et guère plus de pratiquants) situés à 95 % en Aveyron. Cette année, en 2006, un nouveau record vient d’être battu puisque 457 quadrettes seniors et 270 doublettes de jeunes ou de féminines se sont engagées en championnat de l’Aveyron, sans compter les 400 enfants de mois de 12 ans engagés dans les écoles de quilles. L’âge moyen de l’ensemble des licenciés (plus de 4000 en 2005 dont plus de 500 féminines) ressort à 34 ans, celui des féminines étant encore beaucoup plus jeune. | | | Haut de page | | | | | | | | Dimension socioculturelle des quilles de huit | | | | | | La pratique des quilles de huit immergée dans son propre milieu culturel dominant (ancienneté, permanence et importance sociale de la pratique), ne concerne qu’une partie de l’Aveyron comme le nombre de clubs peut le laisser supposer : le département compte 304 communes et ne compte que 74 clubs, situés en quasi-totalité sur le Ségala, le Lévezou, la Viadène, l’Aubrac, la Vallée du Lot et de l’Aveyron. Des zones entières les ignorent, telles que le Villefranchois, le Saint Affricain et toute la rive gauche du Tarn, le Carladès au nord, sur la rive droite de la Truyère. | | | | | | |  | | La cellule de base est le club (jusques dans les années 1980, le terme de "société de quilles" sera régulièrement usité) correspondant soit à une commune, soit à une partie de commune,soit à une paroisse lorsqu’il se situe en Aveyron. Le club est beaucoup plus neutre géographiquement lorsqu’il est extérieur au département et se rattache parfois à l’amicalisme aveyronnais, évoqué supra. Le nombre de leurs licenciés est parfois impressionnant en regard de la population communale : Huparlac 234 habitants, 90 licenciés, Colombiès 984 habitants, 182 licenciés, Trémouilles 504 habitants, 117 licenciés, etc. Le jeu de quilles est resté, en Aveyron, pendant de longues décennies, l’apanage des jeunes hommes et des hommes adultes. Les femmes en étaient exclues. Le poids des traditions, religieuses et sociales, telles que l’interdiction du travail le dimanche, les modes de vie favorisant les rassemblements réguliers d’hommes (offices religieux, foires, fêtes votives), le nombre important d’auberges et l’environnement (places ombragées en terre battue, abondance du bois) favorisaient la pratique des quilles en tant que loisir collectif, que l’on soit joueur ou simple spectateur, s’exprimant à l’unisson de la société villageoise. A l’inverse, la dépopulation et le vieillissement des campagnes, la disparition des espaces en terre battue au profit du goudron, la baisse de fréquentation des offices, la quasi-disparition des fêtes votives et des auberges de village, l’urbanisation, l’accession des femmes à un nouveau statut social ont induit une nouvelle donne. C’est ainsi que d’abord le lieu de pratique a abandonné le centre des villages pour se déplacer souvent à l’extérieur, sur des zones spécifiquement aménagées, dont le gigantisme peut surprendre le non initié. En effet, la pratique ludique a presque disparu, au profit de rencontres sportives mettant aux prises un nombre incalculable d’équipes de villages, regroupées à tour de rôle dans l’un d’entre-eux. Le défi dominical, proche des estaminets, réservé aux hommes et porteur d’un machisme bien réel (n’appelait- t’on pas la quille maîtresse du jeu la "buffe", terme désignant aussi en occitan le sexe de la femme, aujourd’hui utilisé principalement pour désigner un zéro, et, signe des temps, aussi bien par les femmes que par les hommes, compte tenu de la déperdition de l’occitan véhiculaire) a laissé la place à une machine bien rodée mise en place par une succession de dirigeants animés par un souci d’égalitarisme (mise en place de règlements précis et même parfois byzantins, création de catégories etc.), à l’origine de la "sportivisation". De ce fait, ensuite, les jeunes (autres que juniors), ont progressivement gagné le droit de participer (en 1975 pour les cadets, en 1978 pour les minimes) puis les femmes (seniors en 1978, adolescentes en 1989), enfin le souci de transmission a conduit, après la réintroduction des quilles en milieu scolaire en 1972, à la création d’écoles de quilles de clubs en 1986. Aujourd’hui, plus de 45 écoles de quilles regroupant environ 400 enfants, filles et garçons, de 8 à 12 ans fonctionnent, encadrées par des animateurs diplômés, reconnus par le Ministère de la Jeunesse et des Sports, formés par une équipe technique et un conseiller technique fédéral, salarié de la discipline. Les féminines ont investi quelque peu les sphères dirigeantes, notamment dans les clubs, mais leur place reste encore modeste dans les comités. La pratique familiale est courante et il n’est pas rare de relever la présence active sur les terrains de plusieurs générations de la même famille, du grand-père au petit-fils, en passant par le père ou même dorénavant la mère. La pyramide des âges des pratiquants s’étend de 8 ans à plus de 90 ans, gage d’une continuité et d’une transmission assurées. Le gigantisme des rendez-vous sportifs (une manche regroupe environ 80 équipes seniors et 40 équipes jeunes et féminines, en un même lieu, le même jour, de 8 heures à 18 heures) baigne paradoxalement dans l’esprit de village. Aucun club ne dépasse 200 licenciés et les villes (Rodez, Millau, Espalion) ne comptent pas plus de licenciés que les petits villages de 500 âmes. Les hauts lieux des quilles ont certes pour nom Espalion ou Rodez, mais aussi Campuac, Magrin, Arvieu, Huparlac, Luc, Gages ou Colombiès, entre autres tout aussi représentatifs. Le fait de résider en ville est neutre et ne constitue pas un obstacle pour le joueur de quilles de huit, pour qui seul compte le village d’origine, dont il veut défendre les couleurs et le maillot. | | | | | | |  | | Même si certains s’adonnent à leur loisir favori tout au long de l’année grâce à des installations couvertes, la plupart des pratiquants calquent leur calendrier sportif sur la période traditionnellement dévolue au championnat civil de plein air (il existe des concours amicaux ou corporatifs sous des superstructures couvertes), soit de mars à août, lorsque les jours sont les plus longs. Le matériel utilisé, boules et quilles, provient de fabrications diverses, à commencer par l’auto approvisionnement. Certains pratiquants, dotés de tours, fabriquent leurs propres quilles et mettent à profit la mauvaise saison pour tourner des "billous" (quilles dites "joueuses"). Ils sont très peu nombreux, en revanche, à réaliser des boules, dont les difficultés principales résident dans la confection de la poignée et la résistance aux chocs. La cherté de ce matériel, est en train de devenir un obstacle à l’expansion du jeu, dans la mesure où tous les clubs ne le prennent pas en charge. Une boule d’adulte, en bois de noyer massif est commercialisée aux alentours de 350 euros et le temps est révolu où tous les concurrents se contentaient de jouer avec le matériel que l’organisateur mettait à leur disposition. La partie de quilles de huit se déroulant en outre de 1 à 20 mètres des quilles plantées, l’usage d’une seule boule est devenu rarissime. Enfin contrairement à ce qui peut être observé ailleurs, l’environnement des quilles de huit ne comporte aucune dimension financière : les spectateurs peuvent accéder gratuitement à tous les lieux de compétitions, qu’elles soient amicales ou officielles, et les champions, en parfaits amateurs ne reçoivent rien d’autre que des coupes ou des médailles en récompense de leurs performances. Les quelques défis organisés dans les dernières fêtes de village ne rapportent à leurs vainqueurs qu’un chevreau ou un agneau, moyennant une participation modique (1 ou 2 euros). Les dirigeants des quilles de huit s’efforcent depuis plusieurs mandats maintenant de les sortir du ghetto dans lequel elles ont été confinées essentiellement par les institutionnels (Etat, collectivités territoriales). Si l’on peut comprendre que leur implantation confidentielle hors de l’Aveyron puisse justifier un engagement institutionnel relatif, il n’en va pas de même en Aveyron où l’importance qu’elles revêtent devrait s’accompagner d’une reconnaissance équivalente. Gérard Ballin, auteur d’une thèse soutenue le 25 mars 1996 à l’Université de Bordeaux écrivait : "l’intention première était de savoir si les bailleurs de fonds institutionnels faisaient une place de choix au sport-quilles. Nous sommes en mesure de répondre qu’il n’en est rien". Dix ans plus tard, il faut bien convenir que le degré de prise en compte reste timide, notamment de la part de l’institution départementale. | | | | | | |  | Les communes quant à elles, se sont constituées en une "Association Intercommunale pour la promotion sportive et culturelle des quilles de huit", qui compte une cinquantaine de membres, toutes rurales et qui se positionne essentiellement sur le domaine culturel et sur celui de la transmission aux jeunes générations. En revanche, la presse locale, notamment le quotidien "Centre Presse" accorde une place importante aux quilles de huit, qui se traduit par un certain nombre de pages "magazine" hebdomadaires et par la publication des résultats (Centre Presse). Le journal "Midi Libre" réalise également une page magazine hebdomadaire pendant la saison. Les autres médias (radios, télévision) n’accordent qu’épisodiquement leur attention aux quilles. | | | | | | Haut de page | | | | | | | L’organisation sportive des quilles de huit | | 1) une fédération unisport, multidisciplinaire Les quilles de huit font partie de la Fédération française de bowling et de sport de Quilles qui regroupe 8 disciplines : le bowling (13500 licenciés) pratiqué sur l’ensemble du territoire, les quilles de huit (4200 licenciés, en Aveyron et dans 6 autres départements ), les quilles Saint Gall (2000 licenciés Haut Rhin), le bowling Classic (1000 licenciés Alsace, Bourgogne), les quilles au maillet (1000 licenciés Gers, Landes, Haute Garonne) les quilles de neuf (600 licenciés Béarn et Bigorre), les quilles de six (400 licenciés Aquitaine) le bowling schere (400 licenciés Lorraine) soit au total près de 23 000 licenciés. Chaque discipline bénéficie d’une large autonomie, financière, technique et sportive et même politique puisque chacune peut prendre des engagements avec des partenaires, notamment les collectivités territoriales. 2) Les quilles de huit : organisation et fonctionnement Comme chacune des 8 disciplines fédérales, les quilles de huit sont organisées avec un comité technique et sportif national, plusieurs comités techniques et sportifs régionaux, plusieurs comités techniques et sportifs départementaux. Elles ne sont présentes que dans trois régions et 7 départements : Ile de France (Paris), Languedoc Roussillon (Hérault, Lozère) et Midi Pyrénées (Aveyron, Haute Garonne, Tarn, Tarn et Garonne). Chaque comité départemental organise ses propres compétitions départementales, suivant les règlements sportifs nationaux (normes de matériel, de parties, règlement sportif) et départementaux (calendrier, répartition géographique en zones de pratique, nombre de parties qualificatives etc.). 3) Quatre types de compétitions inscrites au calendrier officiel peuvent se rencontrer : Les concours amicaux : ils sont le privilège des clubs qui ont la possibilité de moduler les règlements : concours avec ou sans handicaps, possibilité de jouer en équipes mixtes, fixation des jours et horaires de jeu, octroi de récompenses par équipes qui peuvent être des dotations modestes en argent (30 € pour une quadrette), voire des produits du terroir : le club de Grandvabre-Marcillac offre une bouteille de vin de Marcillac à tout joueur qui abat le jeu entier ! Il y a encore 20 ans, les amicaux étaient très prisés et fréquentés, tout en se déroulant le samedi et le dimanche. Parallèlement au concours en quadrettes (seniors) ou en doublettes (jeunes, féminines), ils comportaient une compétition finale individuelle, basée sur une qualification à partir d’une performance minimale à atteindre selon chaque catégorie (senior, jeune, etc.). La récompense individuelle était exclusivement soit une coupe, soit un trophée, jamais une récompense en argent. Aujourd’hui les concours amicaux connaissent une réelle désaffection, à l’exception de ceux qui se sont adjoint des compléments conviviaux : concours organisés en semaine, semi-nocturnes (de 19 h à 24 h) et accompagnés de repas. Les championnats départementaux ou locaux : ils ont progressivement supplanté les concours amicaux et constituent la pierre angulaire de la pratique actuelle des quilles de huit. Les compétitions par équipes se déroulent sur 8 dimanches de mars à juin (Comité de Paris), d’avril à juillet (Comité de l’Aveyron) et débouchent sur des championnats individuels auxquels les meilleurs de chaque catégorie sont qualifiés, puis sur les championnats de France (Equipes et Individuels) Le nombre d’équipes engagées a progressivement conduit à un éclatement des lieux de rencontre. Les anciens regrettent le temps où tous les joueurs se rencontraient en un lieu unique et qui a conduit à demander la réalisation de terrains de quilles de 20 jeux pouvant accueillir 80 équipes. Les effectifs ayant finalement explosé, les joueurs d’un même club ont été finalement amenés à se rendre sur des terrains différents, en fonction de leur niveau, ce qui a probablement nui à la convivialité dans les clubs eux-mêmes. Aujourd’hui, 8 terrains fonctionnent simultanément pour permettre à toutes les équipes engagées de jouer. Seul le championnat aveyronnais fonctionne en pyramide avec trois divisions départementales "d’élite", 2 divisions départementales dites de "ligue" enfin 3 divisions locales, Les jeunes et féminines fonctionnent en divisions uniques de même appellation (dans l’ordre excellence, honneur, promotion, essor, espoir et séries) Le championnat de Paris fonctionne en deux groupes, le premier correspondant à l’"élite" aveyronnaise, le second regroupant les niveaux "ligue" et "séries". On notera, et c’est l’une des dimensions capitales de l’organisation des compétitions que tous les championnats ne sont pas assis sur des affrontements d’équipes, mais sur la comparaison de performances (nombre de quilles abattues) réalisées sur 3 parties consécutives (ou 2 pour les jeunes et féminines) Les compétitions sont aussi adaptées aux différents pratiquants (composition des équipes, distances de jeux, exigences sportives, calendrier plus souple pour les jeunes, les féminines et les enfants des écoles de quilles). | | | | | | |  | | Les championnats interdépartementaux et la coupe interrégionale du Midi L’expérience ayant montré que les clubs isolés ne survivaient pas à l’absence de confrontation à dimension sportive, les dirigeants nationaux ont cherché des solutions pour rompre leur isolement et assurer leur pérennité. En effet, des aveyronnais expatriés ont bien essayé de recréer et de retrouver, loin du "pays" l’ambiance ludique des quilles en créant des clubs : c’est ainsi que l’on a pu assister, dans les années 70 et 80, successivement, à la naissance d’un club à Gardanne, dans les Bouches du Rhône, d’un autre à Chéronnac, dans la Haute Vienne, d’un autre à Cournon, près de Clermont Ferrand ; tous trois, trop éloignés de leur terroir originel et limités à une pratique ludique, ont disparu après avoir brûlé l’énergie de leurs initiateurs. En revanche, la proximité de l’Aveyron et la possibilité qui leur était offerte de s’intégrer au championnat aveyronnais a permis le maintien des clubs de Lozère, avec difficulté, et surtout le développement timide des clubs du Tarn ; voire de la Haute Garonne. Par ailleurs, deux compétitions différentes ont permis leur enracinement durable hors du terreau rouergat : le championnat Ségala Garonne, et dans une moindre mesure, la Coupe du Midi. Le championnat Ségala Garonne consiste en une compétition avec handicap qui permet de niveler les chances de chaque équipe engagée (10 équipes dont 6 hors Aveyron et 4 aveyronnaises). Contrairement au règlement sportif national, la mixité, inimaginable il y a encore quelques années est autorisée. Là encore il n’existe pas d’affrontement direct entre équipes. La Coupe du Midi, tout comme la Coupe de France qui lui succède, est à l’inverse une compétition d’affrontement, basée sur une seule partie, qui préserve les chances des équipes de moindre valeur théorique, à l’image de ce qui se pratique dans d’autres sports. Cette forme de rencontre présente plusieurs avantages, de notre point de vue : - elle amène des joueurs qui ne seraient jamais appelés à se rencontrer - Les contraintes réglementaires pèsent beaucoup moins car les deux équipes peuvent s’accorder sur le temps d’échauffement, sur la durée de la partie, sur l’arbitrage, sur le terrain lui-même, et recréer des conditions de jeu plus proches des conditions "d’ancien temps" - elle constitue un vecteur de promotion important: l’affrontement avec affichage des scores est parfaitement intelligible d’un néophyte à l’inverse des rencontres gigantesques des championnats et la souplesse de l’organisation est grandement facilitée par les installations requises (un seul jeu suffit). A noter qu’une compétition féminine a été créée en 2006. Les championnats de France : ils sont en revanche la forme la plus aboutie de la dimension sportive des quilles de huit, réunissant plus de 200 joueurs à chaque occasion et de nombreux "aficionados". Un public averti et nombreux, provenant de toutes les régions de pratique en assure régulièrement le succès populaire. Ces compétitions ont chacune leurs caractéristiques propres : - depuis 1946, le championnat de France par équipes se dispute à Rodez, comme, toutes proportions gardées, le Tour de France se termine sur les Champs Elysées ou la Coupe de France de football au Stade de France. - Le championnat de France individuel s’installe chaque année dans un village différent Cette formule permet la mobilisation de tout le tissu économique local autour de l’événement, qui prend, faut-il le regretter ou s’en réjouir, une dimension de plus en plus grande à la fois d’un point de vue médiatique mais aussi financier (50 000 € pour le dernier en date, hors aménagements et hors participations en nature). Tous les 7 ans, il se déroule en Ile de France, accueilli par le Comité de Paris. Exceptionnellement, cet ordonnancement est interrompu par une organisation dans un autre département (Saint Alban en Lozère, Bressols en Tarn et Garonne, Toulouse ont ainsi accueilli ce championnat et Montpellier pourrait prochainement le recevoir). | | | | | | | Haut de page | | | | | | | Tradition et modernité : défis pour le futur | | | | Si la transmission et le développement des quilles de huit restent au cœur des préoccupations des principaux acteurs du système, plusieurs défis majeurs les attendent, eux et leurs successeurs. Le premier se pose en termes d’équilibre entre la tradition et la modernité, en partant du principe que ni l’une ni l’autre ne peuvent se parer uniquement de vertus. Il est probable que la sauvegarde indispensable des équilibres s’articulera autour d’une réactivation de l’approche ludique (retour à l’installation de jeux dans les villages notamment) pour maintenir un contact entre la société civile, le monde rural et la société sportive. et pour assurer l’existence d’un vivier susceptible d’alimenter le renouvellement des pratiquants. La convivialité perdurera également à cette condition mais aussi paradoxalement si les rencontres gardent leur caractère démesuré sur un plan sportif, mais adapté, au plan humain, à des échanges réguliers inter villageois sur une zone géographique suffisante. Il faudra, peut être, admettre qu’en demandant la réalisation de quillodromes de 20 jeux couverts, perpétuant le gigantisme ambiant, mais injustifiables économiquement et difficilement gérables, les dirigeants que nous sommes ont fait fausse route, d’autant qu’il faut bien convenir en outre que traditionnellement, les quilles sont un sport de plein air, pratiqué essentiellement aux beaux jours. Le deuxième se pose en termes de reconnaissance : l’avenir des quilles de huit est conditionné par la nécessité de la prise de conscience, de la part des pouvoirs publics territoriaux, que les quilles de huit sont une richesse culturelle, expression d’une identité forte, soudant les aveyronnais du pays et ceux de la diaspora. Cette reconnaissance exige un traitement particulier, en dehors de l’égalitarisme sportif encore opposé aujourd’hui, notamment par le Conseil Général et déterminera, en partie, l’image de ce sport, auprès des jeunes d’une part et du grand public de l’autre. | | | | | | |  | | Le troisième reste celui de convaincre durablement les jeunes de l’intérêt de pratiquer un jeu traditionnel. Pour cela il conviendrait de faire en sorte que les quilles fassent "naturellement" partie intégrante de la vie quotidienne, à commencer par l’école, ce qui suppose de gagner à leur cause les enseignants du primaire, du secondaire et même du supérieur. Il s’agit là d’une gageure particulièrement ardue. Les quilles de huit n’ont en revanche, pas de souci d’adaptation ou de contemporanéité: elles utilisent déjà les nombreux outils modernes de communication, que ce soit en interne pour les formations d’animateurs, d’arbitres, ou en externe envers leurs différents partenaires. La nécessité d’évolutions importantes dans le domaine technique, par exemple pour permettre aux non-initiés et au public une meilleure compréhension du jeu est certes ressentie par les différents protagonistes mais ne constitue pas un élément omniprésent de la réflexion, peut être à tort, des instances dirigeantes, dans la mesure où les quilles de huit sont en perpétuelle évolution. | | | Haut de page | | | | | | | Bibliographie | | Ballin, G. (1996). Des jeux traditionnels au sport quilles et les mutations de la société Aveyronnaise. Université de Bordeaux II : Thèse de doctorat. Bousquet, J. (1957). Les jeux dans l’Ancien Rouergue (p 265-274) Revue du Rouergue (n° 43) Rodez . Cosson, J.M. et Astruc, P. (2001). Le tour de l’Aveyron par deux enfants Les jeux traditionnels Rodez : Mission départementale de la culture. Kessler, L. (1983). La quille vivante. Paris : Editions Joël Cuenot. Laurens, D. (1990). Les Quilles de huit : chronique d’une passion. Rodez : Editions du Rouergue. Mazars, R. (1970). L’histoire des quilles (p 19 à 39) Fédération française de sports de quilles, section quilles de 8 Rodez : Imprimerie Subervie. Trémaud, H. (1964) Les Français jouent aux quilles. Paris : Editions Maisonneuve et Larose. | | | | | | Haut de page | | | | | | | | | | | | | | | 8 rue des Coquelicots 12850 Onet-le-Château Tel : 05 65 67 24 70 - Fax : 05 65 78 16 77 | | | | | | | | | | | |
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